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Another Music in a Different Kitchen

Another Music in a Different Kitchen

Buzzcocks

par Parano le 22 septembre 2009

Paru le 10 mars 1978 (United Artists Records)

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L’histoire est souvent mal écrite, et celle du mouvement punk ne déroge pas à la règle. Prenez les Buzzcocks. Il faut réhabiliter ces types. C’est une nécessité absolue. Trente ans que les Pistols et les Clash squattent la mémoire collective, pendant que les petits gars de Bolton tracent la route. C’est injuste. Bon, d’accord, ils l’ont un peu cherché. S’appeler Buzzcocks, ça n’aide pas. Sonic Youth, c’est plus classe, et ça veut dire (à peu près) la même chose. Mauvaise pioche. Et puis, cette façon crétine de chanter l’orgasme, là où d’autres crachent à la gueule de la reine, ou réclament une émeute blanche. Suffit pas de faire de la bonne musique, encore faut-il savoir la vendre.

Pour ce qui est de la musique, les Buzzcocks sont les meilleurs. Au coude à coude avec la bande à Strummer et loin devant les Pistols, que tout le monde adore mais que plus personne n’écoute, à l’exception, peut-être, de quelques vaches groslandaises. Les Buzzcocks n’ont pas inventé le punk, ils ont dépassé le punk, mêlant sans vergogne l’innocence pop à l’urgence d’un rock régénéré. Ce n’est pas rien. Leurs sonorités nerveuses préfigurent celles du mouvement indé, et d’une new wave anguleuse, qui prospéreront durablement, loin des éructations hardcore héritées du punk.

Avec ce premier album, Another Music in a Different Kitchen, le groupe étonne par sa maturité musicale. La pop véloce de Pete Shelley (associé à Howard Devoto, qui a quitté le navire pour former Magazine, mais a largement contribué à l’écriture), s’appuie sur une rythmique talentueuse, et des guitares sophistiquées. Outre les singles imparables (Fast Cars, Orgasm Addict, No Reply, I need), ancrés dans leur époque, mais suffisamment inspirés pour résister aux outrages du temps, on trouve dans cet album quelques curiosités totalement jouissives : les accents noisy et le beat hypnotique de Sixteen, les élans métalliques de Love Battery, ou les harmonies ambitieuses de Moving Away From The Pulsebeat.

Chez les Buzzcocks, le plaisir n’est jamais bien loin, et Shelley n’a pas son pareil pour débiter des textes potaches d’une voix de tête, qui contraste singulièrement avec les accents pub rock d’un Strummer, ou la rage brouillonne d’un Rotten. Cet éclectisme leur vaut probablement le mépris d’une partie de la critique, qui réduit le punk à une radicalité folklorique. Qu’importe. C’est lui qui fait d’Another Music in a Different Kitchen un incontournable. Un album dont on parle peu, encore très vivace, et qui mériterait une reconnaissance bien plus large.



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Tracklisting :
 
1. Fast Cars (2’07")
2. No Reply (2’07")
3. You Tear Me Up (2’32")
4. Get On Our Own (2’31")
5. Love Battery (2’16")
6. 16 (3’50")
7. I Don’t Mind (2’20")
8. Fiction Romance (4’38")
9. Autonomy (3’52")
10. I Need (2’50")
11. Moving Away From The Pulsebeat (5’40")
 
Durée totale : 44’24"