Concerts
Apocalyptica

Paris (L’Olympia)

Apocalyptica

Le 6 mars 2008

par Frédéric Rieunier le 22 avril 2008

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Tee-shirts noirs, chevelus par douzaines et piercings aux formes diverses... ça sent le metal en ce 6 mars sur le pas de la porte de l’Olympia. Le metal ultra-violon d’ailleurs (enfin, violoncelle pour être précis), puisque c’est Apocalyptica qui est attendu ce soir et qui s’affiche en lettres rouges au fronton de la salle. Par rapport à d’autres concerts du genre, le ratio demoiselles-damoiseaux est plutôt élevé. Le beau sexe aime peut-être plus se frotter aux cordes que les gratter. Mais avant de voir le sieur Eicca Toppinen – figure centrale du combo – et ses comparses, une autre destinée attend les spectateurs. En première partie, le groupe de rock progressif Oceansize. Avec un tel nom, ça ne devrait pas être la mer à boire. De fait, le groupe présente de bonnes trouvailles dans certaines de ses chansons. Au faîte de son inspiration il rappelle même les ponts les plus aériens de Pink Floyd. Mais, soyons franc, il ne décolle pas suffisamment pour ombrager le désir de l’auditoire. Qui est d’entendre Apocalyptica.

Des applaudissements polis entre les morceaux montrent que nous sommes entre gens bien élevés. Mais les bavardages reprennent sitôt que le groupe démarre un nouveau titre. Encore un peu de patience et nos cinq Mancuniens finissent par quitter la scène. Une partie du public profite de cet entracte pour s’asseoir. Quelqu’un sort sa guitare pendant que tournent les joints et qu’une jeune fille danse nue au centre du groupe... Ah, non ! Ça c’était pour The Mamas & the Papas au Festival de Monterey en 1967. Assis par terre, donc, les fans donnent leurs pronostics concernant les titres qu’ils vont jouer, dressent leurs listes de souhaits et se risquent parfois à allumer une cigarette.

Puis les lumières s’éteignent. Le rideau s’ouvre sur un décor composé de quatre têtes de mort en forme de violoncelles, dans l’ombre desquelles sont assis les musiciens.

Les sourdes notes de Worlds Collide (titre éponyme du dernier album du groupe) mettent les spectateurs en condition. Des teintes plus aiguës viennent délicatement se poser dessus. Puis les mains des interprètes s’agitent en accélérant de plus en plus, au tempo d’un batteur qui fait progressivement monter la sauce jusqu’au bord de l’explosion. La mise en jambe est réussie. Le climat est installé et les spectateurs, fort logiquement, conquis. Pour montrer qu’ils ne sont pas ingrats, les Finlandais poursuivent sur une reprise. Tranchante comme un couteau de boucher, Refuse/Resist de Sepultura vient larder les oreilles des fans. Et les faire reprendre en choeur le couplet. Alors que le groupe entame I’m not Jesus, Eikka Toppinen affiche un air de poupin satisfait. Il peut l’être, à en juger par l’allégresse de l’audience et par la qualité de ses compositions.

Puis les quatre acolytes empoignent leurs archets d’alliance pour répandre la Grace dans un Olympia semblant frôler les cieux, à la manière du violoncelle ailé à tête de mort (lui aussi), étendu sur une toile au fond de la scène. S’ensuivent un Seek and Destroy, ravissant les (nombreux) fans de Metallica, et un S.O.S. (Anything But Love), venant apaiser quelque peu les passions. C’est ce qu’on appelle reculer pour mieux sauter. Le groupe embraye sur Path. Comme l’eût dit Schultz, frontman des très punks Parabellum, « on lui a mis quelques clous de girofles dans le cul, on va voir c’que ça donne ». En l’occurence ça donne. Sans percussions, l’originale scotchait déjà l’auditeur à grands coups de chatterton. Avec une batterie des plus efficaces et aux roulements parfois tribaux, c’est franchement d’une crucifixion orgasmique qu’il s’agit.

La facette brutale du quintette est accentuée sur Betrayal, tandis qu’on apprécie l’absence de chant sur Bittersweet. Perttu Kivilaakso prend ensuite la parole pour annoncer « une chanson de pop transformé en chanson de metal ». Il s’agit de la douce Helden, adaptation de l’illustre Heroes de David Bowie au violoncelle. Le titre suivant sonne comme un cri de ralliement. À entendre l’interprétation sur scène de Master of Puppets, le mot « survolté » semble avoir été créé pour Apocalyptica. Les choses se calment un peu lorsque Eikka s’assoit sagement pour passer le premier pont, unique passage paisible du titre. La cadence ralentit pour le second pont, exécuté avec une lourdeur qui ferait passer un bloc de béton armé pour un sac de plume. Mais nos quatre cavaliers de vous-savez-quand (mais si ! le truc à la fin de la Bible) repartent au pas de charge immédiatement après. À bride rabattue, ils laissent aller leurs mélodies aussi prestement pour Last Hope, avant de ralentir d’un crin pour Inquisition Symphony. Après un petit Life Burns, le groupe revient à ses premières amours pour exécuter un Enter Sandman, en version abrégée, comme la plupart des autres reprises. Du répertoire des Four Horsemen repris par les violoncellistes, il manquera toutefois à la setlist Nothing Else Matters. Ce qui décevra, entre autres fans, Maureen, 20 ans, venue de Lyon spécialement pour l’occasion. Autre source d’amertume : la durée du show. « Un concert attendu est toujours trop court, mais c’est encore pire quand il est raccourci par rapport à d’habitude », indique la demoiselle, qui avait préféré leur récent passage par la capitale des Gaules.

Ces regrets sont toutefois tempérés par le titre suivant. Direction la Laponie pour la célibrissime œuvre du compositeur Edvard Grieg : Hall of the Mountain King. S’il ne fallait retenir qu’un moment du concert, Guillaume, étudiant en agronomie, choisirait ce rappel. « C’était grandiose ! », s’exclamera-t-il, bien après la fin du spectacle, heureux, malgré son regret de n’avoir pas entendu sur scène la confidentielle interprétation par le combo du thème principal du jeu vidéo Zelda. Une dernière reprise clôt la soirée. L’origine contrôlée de la chanson est cette fois plus proche, à une enjambée du Rhin. Forgée par Rammstein, Seemann prend une autre dimension lorsqu’elle s’échappe de cordes de violoncelles. On regrette un peu l’absence de Nina Hagen, avec qui le groupe avait enregistré le titre. Une impression de vide parcourt le ventre de l’auditeur. Apocalyptica est à la musique ce qu’est Dom Juan à l’amour. A peine parti, il crée déjà la sensation de manque.



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