Portraits
Felt, beautiful losers

Felt, beautiful losers

par Oh ! Deborah le 9 octobre 2007

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Dix albums et dix singles en dix ans. Tel est le projet de Lawrence, leader d’un groupe injustement méconnu, Felt. En 1980, le groupe est emené par Lawrence Hayward (chanteur guitariste), Nick Gilbert (batteur, puis bassiste), Maurice Deebank (lead guitariste), et bientôt Gary Ainge (batteur). Felt connaît des périodes difficiles mais toujours, le chanteur torturé construit son mythe avec désillusion et persévérance paradoxale. Felt fait de la pop. Souvent accessible et irrésistible. Peu l’ont acheté mais ceux qui ont entendu ou lu Lawrence ne l’oublieront jamais.

 La fuite

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Lawrence

Lawrence est né à Birmingham, ville qu’il juge glaciale et ennuyeuse. Parce que c’est bien connu, « Les seuls moyens de s’élever sont la musique et le football. Et on le sait dès l’âge de neuf ou dix ans, on sait qu’il n’y a pas d’espoir. » C’est à douze ans qu’il commence à s’intéresser à la musique, écoutant de la pop, du glam-rock et Brian Eno. Vers l’âge de 14 ans, il rencontre Nick Gilbert, alors à l’école avec lui. Comme pour beaucoup de gens, c’est à partir de l’avènement du punk, en 1977, qu’ils se diront que eux aussi, ils peuvent monter un groupe. Ils écoutent les Buzzcocks, Wire et The Fall. Ils vont voir des concerts, comme Iggy Pop avec Bowie aux claviers et les Vibrators en première partie. Lawrence a 15/16 ans lorsqu’il décide de faire de la musique, et au lieu de continuer à sortir, la composition lui donna une raison de s’enfermer, de se renfermer, et d’explorer ses talents. Pour lui, c’est par l’introspection et l’art que l’on peut apprendre, se nourrir, fuir la réalité, et trouver du réconfort. Ce n’est certainement pas en allant se saouler au pub, qu’il déteste. A part la musique, rien ne l’intéresse. Et surtout pas les attitudes et rapports humains du milieu ouvrier dans lequel il vit, et qu’il rejette sans délicatesse. D’ailleurs, Lawrence Hayward se fait appeller Lawrence tout court (sur les pochettes et interviews) parce qu’il n’assume pas ses origines.

Enfant, Lawrence jouait à faire semblant, il marchait dans la rue en s’imaginant être le meilleur footballeur ou quelqu’un d’important. Avec assez de recul et de désillusions, il ne garde pas bon souvenir de son enfance et adolescence, à vrai dire, il n’y a rien à raconter, en tout cas rien qui échappe à la norme routinière. « Je ne faisais rien, c’est nul... J’ai pris conscience que le monde était ennuyeux et qu’il n’y avait rien à faire, et je n’aimais pas la vie sociale. Tout ce qu’un homme peut faire dans sa vie, c’est travailler, avoir de l’argent, sortir et s’amuser. C’était comme ça dans ma ville, les gens ne faisaient qu’oublier le monde. Moi je voulais fuir l’ennui de la vie quotidienne non pas en sortant, mais en effectuant une retraite intérieure. (...) On est tous effondrés, c’est le nord de l’Angleterre... Là où je vis, je suis la seule personne qui se soit rebellée contre une existence normale, j’ai cessé de voir les gens. (...) Je n’ai jamais eu de vision romantique du monde. » Sauf, un peu, dans sa musique. La seule chose qui l’amuse. Mais simplement la musique. Parce que ce qu’il y a autour, les musiciens, le business et les soirées, c’est déjà nettement moins interessant pour Lawrence. « J’ai vu que ces gens étaient les mêmes que ceux de mon enfance. Et que tout ce qu’ils désiraient, c’était boire et oublier (...) Jeune, je pensais que la musique était un autre monde, avec des gens qui recherchaient des expériences différentes, mais non, c’est la même chose. »

 Devenir une star de la pop

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Lawrence
photo issue des Inrockuptibles, 1990

Lawrence est quelqu’un qui se livre avec facilité, ainsi, lorsqu’on lit son interview dans Les Inrockuptibles de 1990, force est de constater le fossé séparant la presse musicale d’alors à celle d’aujourd’hui. A tous les niveaux... Longueurs des interviews, profondeur des articles, questions existentielles, gueule générale du mag... Est-ce les artistes qui étaient plus interessants ? Plus honnêtes ? Plus extravertis ? Ou est-ce parce que cette presse ne se contentait pas de poser des questions d’ordre promotionnel et sans interêt ? Les deux. En tout cas, ce qu’aime avant tout Lawrence, c’est apprendre sur la vie, même si c’est dur et parfois douloureux. « J’essaie de retirer un savoir de toute chose, simplement en ouvrant mes cinq sens. » Observer le monde extérieur sans vouloir y appartenir, regarder la réalité en face, puis la changer uniquement par la musique. C’est pour ça que Lawrence préfèrera écrire de la pop, certes introspective, mais divertissante. Avant ça, il passera par des phases expérimentales.

Tout en faisant pas mal de jobs, Lawrence écrit et enregistre seul dans sa chambre le premier, culte et arty single Index, quatre minutes brutales d’un solo très noisy. Celui-ci sera publié grâce à une maison d’auto-production qui proposa, par le biais d’une publicité dans le Melody Maker, d’offrir l’enregistrement et la publication. Le single est distribué par Shangaï puis Rough Trade. Peu de temps après, Lawrence va à un concert des Subway Sect, sur le chemin, il s’arrête chez un ami qui lui présente alors Maurice Deebank, futur grand guitariste et co-compositeur de Felt. Deebank ne connait pas Television mais joue de la guitare classique depuis 12 ans, exploitant son instrument mélodiquement à la façon de Tom Verlaine, l’une des idoles de Lawrence.

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Maurice Deebank
Photo issue du magazine « Sounds », 1981

C’est pourquoi ils joueront très vite ensemble avec Nick Gilbert dans le quartier de Water Orton Outside, à Birmingham. Lawrence a à peine 18 ans et Felt est tout ce qu’il possède, son royaume, son refuge. Le groupe commence à tourner, sans bassiste, et le premier concert se trouve au Cyprus Tavern, à Manchester, en compagnie de The Fall. Mark. E. Smith (leader de The Fall, un espèce d’asocial comme Lawrence mais en plus haineux et proportionnellement opposé à Lawrence en ce qui concerne l’alcool...) appréciant la formation, il décide d’inviter Felt en première partie de The Fall au Marquee, à Londres. Grâce à ça, Felt se fera remarquer par le label Cherry Red. Et Gilbert se mettera à la basse.

Dès lors, Lawrence a une volonté de fer, il se mettera en tête de publier 10 albums et 10 singles en 10 ans et de devenir « une star de la pop ». Il a beau être totalement blasé en interview, son rêve d’enfant n’a pas finit de le hanter. Et quelque part, il y croit. Comme Dave McCulloch fera de Index le single de la semaine dans le magazine Sounds, Lawrence décide d’envoyer des démos de Felt à McCullock. Selon Gilbert, « Quand Lawrence a fait ça, on s’est dit : ’ça y est, on va être des stars’, nous avions une interview dans Sounds ainsi qu’une review de concert. » Felt signera donc sur Cherry Red, un label indépendant, qui selon Gilbert, n’est ni branché, ni idéal...

Un premier Ep de quatre démos est publié en 1981 et s’appelle Something Sends Me To Sleep, avec un dénommé Tony Race à la batterie dont Lawrence n’apprécie ni l’allure, ni les cheveux bouclés (?) Tony sera bientôt remplacé par le batteur définitif du groupe : Gary Ainge (un ami de Maurice Deebank). S’en suit l’enregistrement de l’album au titre farfelu, Crumbling The Antiseptic Beauty, durant lequel Lawrence se disputera le contrôle du disque avec Gilbert (alors bassiste), lequel partira et sera remplacé par Mick Lloyd.



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Sources :
 
Inrockuptibles N°21, 1990 (interview par Bates)
Felt Tribute Site, http://felt.planetaclix.pt, contient notamment les articles et liens suivants :
-* Option, 1988 (article de Joe Press)
-* Box set booklet (interview par Kevin Pierce)
-* NME, novembre 1986
-* http://vivonzeureux.blogspot.com (articles de Pol Dodu)
-* http://www.musicianguide.com (article de Tiger Cosmos)
-* http://www.furious.com (article de Lee McFadden)
-* http://www.tangents.co.uk (article de Alistair Fitchett, 1996)