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Conor Oberst

Conor Oberst

Conor Oberst and the Mystic Valley Band

par Vyvy le 29 septembre 2008

4

paru chez Cooperative Musics en août 2008

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Hair blowing in the hot wind,
Time hanging from a clothespin
There’s no sorrow that the sun’s not gonna heal
I smell the leather of your new car
Drive through the desert after nightfall
Sleep on the shoulder, keep the stars all to ourselves

Mais c’est qu’avec ces quelques vers d’ouverture de Sausalito on pourrait presque résumer le dernier album du sieur Conor ! En effet, si Conor -Boy Wonder- Oberst est de retour, c’est pour un (faux) nouveau départ, avec tout le charme que ce genre d’aventure peut avoir. Sauvé des limbes simili-emo dans lesquelles sa jeunesse l’avait parfois précipité, Conor est maintenant un auteur à succès, avec une vie rangée, et si l’on croit des témoignages récents des cheveux propres et -incroyable nouvelle- une baisse dans sa propension quasi-légendaire à postillonner sur les heureux élus du premier rang de ses concerts. Après avoir porté Bright Eyes, son groupe/porte-drapeau le plus fréquent (et le plus protéiforme), aux sommets avec son Cassadaga de 2007, Conor a décidé, et on en revient de suite au faux/nouveau départ, ou à la demi-mue, de prendre la route, larguer les amarres, tailler son chemin, enfiler les highways, enchaîner les motels miteux, tout ça tout ça.

Et si ces quelques vers ne décrivent pas justement ça, s’ils ne se nourrissent pas de cet imaginaire incroyable incarné par des road trips comme seul le continent américain les permet, et bien je mettrais bien mon vinyle de ce Conor Oberst au feu. Non mais.

Ainsi bye bye Omaha, le voilà allant au Mexique, où dans une Mystic Valley, lui et son Band (pas vraiment une troupe d’inconnus d’ailleurs) vont enregistrer tout en légèreté un album enlevé, qui ne sait pas rester en place, et qui, s’il n’est pas vraiment joyeux, met en tout cas bien plus la pêche que les habituelles productions Oberstiennes, lesquelles avaient jusqu’alors évoluées et vers les ballades mélancoliques à la Lua et vers les marches entre fanfaron et pharaon à la Four Winds.

Mais qu’est ce qui explique la différence entre Conor Oberst dans cette tenue, ce groupe, et Conor Oberst comme leader de Bright Eyes, l’homme qui il n’y a pas si longtemps s’écriait dans les pages de Rock&Folk « Peut-être mais je m’en fous ! » quand on le taxait de nouveau Dylan ? D’éminents Oberstologues ce sont penchés sur cette épineuse question. D’aucuns ont avancé la drogue. Qui dit Mexico dit peyotl, non ? Certes, mais ce n’est pas la première fois que Conor en parle. Pas de doute, il faut chercher ailleurs. D’autres ont avancé l’argument solaire. Conor a en effet quitté les brumes d’Omaha, Nebraska, pour aller se dorer la pilule avec quelques amis au Mexique. Oui mais le soleil, il a déjà fait ça avec Emmylou Harris en 2005, et ça n’a rien donné du tout. Enfin, il semble que ce qui expliquerait l’originalité de ce disque un peu « Spring Break » est que Conor, s’il sait toujours aussi bien s’entourer, ne s’en est pas, pour une fois, remis a l’inébranlable Mike Mogis.

Mike qui ? Mike Mogis, avec Nate Walcott, sont les deux autres membres permanents de Bright Eyes, que l’on pourrait qualifier de triumvirat lato sensu si tout cela n’était pas si ronflant. Les autres passent, se renouvellent, font des apparences remarquées/ables, mais ces deux-là et Conor forment la colone vertébrale du groupe. Et Conor de se demander (ou pas) si sans Mike, qui en plus d’être un multi-instrumentiste de génie est aussi arrangeur et producteur, il est capable de quelque chose de bien. Et nous voilà, humbles critiques et/ou oreilles attentives, à devoir statuer (non que notre avis fasse de belles jambes à l’Oberst...) si Conor sans Mike, c’est bien quand même, voire mieux ? Mieux, peut être pas. Mais il faut avouer que la petite escapade hors du cocon d’Omaha et de Saddle Creek (car Conor fait aussi des infidélités à son cher label, quel fripon) rend plutôt très bien. S’il n’est pas aussi léché qu’un vrai Bright Eyes, l’album « solo » du sieur Oberst en jette.

De là à dire qu’il n’y a rien à jeter, ce serait peut être faire pour les beaux cheveux enfin propres de Conor une entorse à l’objectivité du critique déjà pourtant mise mal en point. Car l’ensemble, pour tout sympathique qu’il est, n’est pas non plus révolutionnairement fulgurant, et on peut passer une bonne partie de son temps en plein phénomène de « déjà entendu ». Sauf que, quelques petits bijoux sortent, se distinguant pour autres choses que leur petit côté sympathique et paroles bien roulées. Ces petites perles, dont on peut gager qu’elles ne coïncideront pas avec les petites perles du monsieur là-bas ou de la fille au fond, les voici. A elles seules, elles font de cette dernière folie oberstienne un collier qu’on a envie de mettre et de remettre encore.

Sausalito car aucun road trip ensoleillé qui se respecte ne peut décemment s’en passer. Dany Callahan car c’est peut-être la chanson qui fait la plus Bright Eyes du lot, ce qui ne l’empêche pas d’être une de celles qui sonnent le mieux. I Don’t Want to Die (in the Hospital), car c’est la plus drôle, entraînante, jouissante de toutes et qu’elle donne envie de tout laisser en plan, pour enfin profiter. Et finalement, NYC- Gone, Gone pour ses paroles ridicules, sa déformation d’une gigue qui peut rassurer au passage bien des fans des White Stripes. Non, Jack White ne faisait pas n’importe quoi dans Prickly Thorn but Sweetly Worn), il lançait juste une mode. Hum.



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Tracklisting :
 
1. Cape Canaveral (4’04")
2. Sausalito (3’10")
3. Get-Well-Cards (3’33")
4. Lenders in the Temple (4’35")
5. Danny Callahan (3’58")
6. I Don’t Want to Die (In the Hospital) (3’32")
7. Eagle on a Pole (4’42")
8. NYC - Gone, Gone (1’11")
9. Moab (3’36")
10. Valle Místico (Ruben’s Song) (0’49")
11. Souled out !!! (3’32")
12. Milk Thistle (5’21")
 
durée totale :42’00"