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Dead Can Dance

Dead Can Dance

Dead Can Dance

par Oh ! Deborah le 20 mars 2007

3,5

paru en 1984 (4AD)

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Entrer dans l’album Dead Can Dance, c’est se prendre L’impact Fatal de cette ouverture battant sa rythmique cold wave et ses airs ensorceleurs de plein fouet. C’est se demander si nous allons ressortir indemnes de cette cavalcade ésotérique, de ces profondeurs hypnotiques, de cette incantation nocturne. Et les deux voix qui s’opposent représentent tellement bien la musique de Dead Can Dance. Alternant le timbre atonal et froid de Brendan Perry avec le chant éternel et cérémonial de Lisa Gerrard, le gîvre qui craquèle dans leur coeur le rend brûlant.

1984 et nous sommes en plein dans l’héritage de Bauhaus et dans les conséquences traumatisantes de The Cure, mais Dead Can Dance ne s’en contente pas. Dès la troisième plage (Frontier), ils abrègent les influences (qu’ils honorent tellement bien) et nous expédient sans détour le but de leur vie : être hors du temps, hors des musiques convenues, hors du commun, voir hors d’eux mêmes, pour mieux communiquer avec les morts, les rêves, l’Idéal, le divin. Car Lisa Gerrard nous vient d’Australie et a un don stupéfiant pour mettre sa passion spirituelle de la Nouvelle-Guinée et les célébrations tribales en musique. Et lorsque ruissèlent les flux de guitare et de basse linéaires, les cloches enjôleuses et les cris lointains mais habités de Lisa dans Ocean, on se demande si nous ne sommes pas en train de côtoyer l’Au-delà ou si au contraire, nous sommes dix pieds sous terre. Une chose est sûre, nous sommes définitivement ailleurs. Et finalement, les rythmes martelés, la guitare torturée et l’omniprésente basse de Threshold, qui dégagent une aura cabalistique, arrivent à nous persuader de l’évidente harmonie liant dark-wave et world. Même si elle aboutit fatalement vers une musique inclassable.

En pochette, un totem à l’expression mi-menaçante, mi-apeurée nous regarde. Selon le groupe, il symbolise le fait que les choses inanimées peuvent se réveiller. D’où leur patronyme. Comme les âmes des morts qui apparaîtraient dans notre sommeil. Ou, selon les civilisations, le rêve en tant que guide du réel. Les totems font alors souvent office d’illustrations oniriques et célébrées par les tribus Indigènes. Mêlant la poésie romantique occidentale avec l’imagerie aborigène, DCD dispose très tôt d’une identité singulièrement sacrée et ne manque pas de la mettre en scène en plus de leurs visages obscurcis en concert. Fondé à Melbourne en 1981, le groupe s’en va à Londres (ville natale de Brendan Perry) où le producteur Ivo Watts Russell du génial label 4AD (Bauhaus, Cocteau Twins, Pixies...) comprend toute suite qu’il a encore affaire à un OVNI, ici profondément immergé dans une culture du sublime et du primitif. Un culte que le groupe veut célébrer en musique moderne. Et pourtant, dans ce premier album, c’est curieusement le morceau le moins noir qui fait partie des plus beaux. Fortune serait un peu la relâche cotonneuse et éthérée qui magnifie au mieux la mélancolie rêveuse. Il est peut être le summum mélodique de l’album.

Il faut savoir que les recettes satanées de ce Dead Can Dance ne prennent pas toujours. Le couple, en tant que futures maîtres chamaniques reste, à ce moment là, encore à confirmer. Malgré quelques faiblesses comme East Of Eden et une production qui laisse parfois à désirer, Dead Can Dance demeure parfaitement indispensable pour qui veut découvrir à tâtons ce groupe qui fait du mysticisme une raison d’être, et tout un art des rituels. Le duo allait alors évoluer dans cette direction et s’écarter définitivement du rock pour s’inscrire dans une world-music faite d’hymnes à la nature ou de liturgies lugubres. Pour inventer des prières réussies et proprement personnelles.



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Tracklisting :
 
1- The Fatal Impact (3:21)
2- The Trial (3:42)
3- Frontier (3:13)
4- Fortune (3:47)
5- Ocean (3:21)
6- East Of Eden (3:23)
7- Threshold (3:34)
8- A Passage In Time (4:03)
9- Wild In The Woods (3:46)
10- Musica Eternal (3:51)
 
Durée totale : 34:01