Chansons, textes
Fortunate Son

Fortunate Son

Creedence Clearwater Revival

par Brice Tollemer le 12 janvier 2010

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Sept albums en cinq ans. De 1967 à 1972, Creedence Clearwater Revival enchaîne les disques et les tubes. Tels les Doors, le groupe rentre de plain pied dans la mythologie du Rock en livrant un nombre incroyable de compositions au succès immédiat en un si court laps de temps. Fortunate Son est de celles-ci. Bien évidemment écrite par John Fogerty, elle apparaît sur le quatrième album du groupe, Willy And The Poor Boys. Et devient un véritable tube, alors qu’elle n’est que la face B du single Down On The Corner. Il faut dire que la chanson colle parfaitement à son époque. En effet, en 1969, les États-Unis sont en plein bourbier vietnamien et la machine de guerre américaine a besoin de chair à canon pour empêcher la propagation du dangereux péril communiste. Tous les moyens sont donc bons pour éviter de se faire descendre par les Viet Congs. Nul besoin de préciser que les plus hauts placés dans l’échelle sociale arrivent la plupart du temps à leur fin.

« C’est une confrontation entre moi et Richard Nixon », indique John Fogerty. « Les Riches, ceux qui ont tout, des grosses voitures, ce genre de trucs. Des gens que je ne respecte pas. Durant le Vietnam, ce sont des gens qui ne sont pas allés à la guerre. Quand j’ai écrit cette chanson, je pensais à David Eisenhower, le petit fils de l’ancien président, qui était marié à Julie Nixon, la fille du président de l’époque ».

Some folks inherit star spangled eyes,
Ooh, they send you down to war, lord,
And when you ask them, how much should we give ?
Ooh, they only answer more ! more ! more !
 
It aint me, it aint me,
I aint no military son, son.
It aint me, it aint me ;
I aint no fortunate one, one.

Le « fortunate », c’est ici le fils du sénateur, du député, du millionnaire, du haut-gradé, celui qui a eu la chance de naître au bon endroit, au bon moment et qui profite ainsi de sa situation privilégiée pour échapper à l’enfer de l’Asie du Sud-Est. « En 1969 », poursuit Fogerty, « la majorité du pays pensait que le moral des troupes était bon et environ 80 % d’entre eux étaient favorables à la guerre. Mais certains d’entre nous qui regardaient attentivement la situation savaient que quelque chose n’allait pas. Je n’avais guère d’admiration pour Nixon et le genre de personnes comme lui. À l’époque, vous aviez l’impression que ces gens bénéficiaient d’un traitement de faveur. L’opposition avec les classes dominantes et aisées devenait plus intense à la fin des années soixante. A cette période de ma vie, j’avais vingt-trois ans et je ne voulais pas combattre pour une guerre pour laquelle j’étais opposé. Les fils de bonne famille n’avaient pas à se poser ce genre de questions, puisqu’eux n’allaient pas au Vietnam. Ce qui ne les empêchait pas de dire que cette guerre était bonne pour l’Amérique ».

En ce début de 21ème siècle, Fortunate Son reste toujours autant d’actualité et n’a rien perdu de sa verve dénonciatrice. Le conflit irakien a de sérieuses ressemblances avec la guerre du Vietnam de 1969. Cependant, si de nos jours les troupes américaines présentes en Irak sont constituées de volontaires et non d’appelés comme c’était le cas à la fin des années soixante, on ne peut occulter le fait que ces combattants proviennent toujours du bas de l’échelle sociale, de l’immigré récent en quête de naturalisation au paysan texan en passant par l’ouvrier de l’Illinois. La chair à canon. Encore et toujours.



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