Pochettes
Highway To Hell

Highway To Hell

AC/DC

par Thibault le 9 septembre 2008

Paru le 27 juillet 1979 sur Atlantic.

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Highway To Hell n’est pas seulement l’album le plus connu (et le meilleur, avec Back In Black) d’AC/DC. C’est aussi l’une des très rares belles pochettes du groupe, qui sont ultra moches pour la plupart (à tel que leurs très bon copains de Trust diront à propos de celle de For Those About To Rock « on touche le fond là »), et c’est en plus une pochette avec une histoire particulière, et qui représente presque à elle seule l’esprit d’AC/DC. Alors que la sortie du nouvel album Black Ice est prévue pour le 20 octobre, le moment est bien choisi pour faire un rapide flash back sur la pochette de ce chef d’œuvre qu’est Highway To Hell.

En 1979 AC/DC est sur la route, comme toujours. Le groupe n’arrête jamais de tourner, enchaîne les concerts à une cadence hallucinante. Quand ils ne jouent pas sur scène les australiens boivent une bière ou deux et courent après les filles. (Bon Scott rata plusieurs fois l’avion parce que trop bien occupé à poursuivre une hôtesse repérée à l’escale.) C’est d’ailleurs ce rythme de vie effréné qui inspire le nom de l’album. Ainsi dans une interview accordée à Best en 1979 Angus déclare : « Les tournées que l’on fait sont une autoroute perpétuelle pour l’enfer. C’est vraiment l’enfer... » « Vous n’êtes plus obligés de tourner autant ? » demande le journaliste. Et Angus de répondre « Mais on adore ça. On ne peut pas s’en passer. C’est une drogue et une excitation permanentes. Plus tu tournes plus tu ramasses des filles... » En effet AC/DC c’est avant tout le live (c’est la raison pour laquelle le groupe n’utilise aucun claviers, cuivres ou synthétiseurs, impossibles à reproduire en concert) et sa débauche d’énergie. Le groupe met un point d’honneur à faire le meilleur concert possible. Comme le dit Bon Scott, dans la même interview : « L’énergie... mais c’est le public qui la donne. Lorsque tu montes sur scène, tu vois tous ces kids qui hurlent. Tu ne peux que te défoncer pour leur donner du plaisir. »

Cependant il faut bien arrêter les tournées de temps en temps pour enregistrer un nouvel album. Pour leur sixième opus (sept si l’on compte l’excellent live If You Blood (You’ve Got It)) leur maison de disques Atlantic leur envoie Eddie Kramer, ingénieur du son réputé qui a travaillé notamment avec Jimi Hendrix, Kiss et Led Zeppelin. Mais son approche et ses idées pour AC/DC ne sont pas du tout au goût du groupe. Au bout de trois semaines d’essais en studios Bon Scott est exaspéré par les méthodes de Kramer qui empêche le groupe de faire ce qu’il veut. Un jour, il dit à Kramer qu’ils vont prendre un jour de congé et qu’il peut en faire autant de son côté. Dès que l’ingénieur du son quitte les lieux, la bande australienne les investit pour enregistrer six démos, qu’elle envoie dans la foulée à un jeune inconnu, Robert John « Mutt » Lange. Celui-ci accepte le job proposé et le groupe pose ses valises avec son nouveau producteur dans les studios Roundhouse, à Londres. Les sessions durent trois mois (!), et s’effectuent dans le plus grand sérieux. Le groupe joue 15 heures par jour, toujours à cinq, dans le but de peaufiner chaque riff, chaque note. De plus Langer donne des conseils à Bon Scott pour amplifier sa puissance vocale et propose également d’ajouter des chœurs sur les refrains. Il s’agit de frapper un grand coup une fois pour toutes. Le groupe est tellement concentré qu’il en oublie tout artwork et quand vient le choix de la pochette il lui faut fouiller dans les clichés non utilisés issus des sessions de Powerage [1]. Ainsi AC/DC retombe sur cette photo qui peut résumer pratiquement à elle seule leur état d’esprit. A la base il s’agit d’une parodie de la pochette du 45T de Jumpin’ Jack Flash des Rolling Stones.

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La pochette du 45T des Stones
L’origine de la pochette.

La pochette met en avant le trio emblématique d’AC/DC, je parle évidemment de la fratrie Young (Malcolm et Angus, tous deux guitaristes) et du chanteur Bon Scott. Le batteur Phil Rudd et le bassiste Cliff Williams sont à l’arrière plan, en effet, seuls les frangins Young, fondateurs du groupe, ont toujours fait partie du groupe. (Bon Scott ne le « quittera » qu’avec la mort, en 1980). Angus est dans sa traditionnelle tenue d’écolier, et fait le pitre comme le cancre farceur qu’il était sûrement, queue de diable, cornes, grimace de gamin, les grands-mères trembleront, les gosses adoreront. Dans le même registre, on apprécie le regard particulièrement méchant de Malcom Young (mais si Malcom, on y croit), les tronches ahuries impayables de Cliff Williams et de Phil Rudd ainsi que l’hilarité non feinte de Bon Scott, singer tatoué de partout et grand dingue prompt à la biture (ce qui le perdra). Et comme tous les albums d’AC/DC première période le disque possède une pochette internationale et une australienne que voici. Il faut d’ailleurs noter qu’il s’agit du dernier disque d’AC/DC à double pochette, à l’exception de celle de For Those About To Rock qui sera imprimée par erreur en noir en Espagne.

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La version australienne.
La version australienne.

Celle-ci pousse plus loin la carte de la (gentille) provocation et illustre très bien les propos d’Angus à propos de leurs tournées. Ici l’idée de concerts infernaux, où les membres brûlent toute leur énergie pour leur public est imagée par les flammes et le manche de basse qui représente une autoroute dont on ne voit pas la fin, « l’autoroute de l’enfer » évidemment… Ainsi ces deux pochettes complémentaires montrent cette même image d’AC/DC et le présente comme un groupe rigolard, à la provocation potache et qui sue sur scène pour ses fans. Mais bien sur quelques culs bénis y voient du satanisme pur et dur, de la subversion dangereuse qu’il faut écarter des jeunes oreilles. Bigots et curés fantasment carrément sur le nom du groupe (qui signifie « courant alternatif, courant continu »), qui aurait une signification démoniaque du genre « Anti Christ / Devil’s Children » ou encore « After Christ / Demon Comes » avec l’éclair du milieu qui serait un s belzébuthien… Au moins ça. Mais chose étonnante c’est en… RDA que l’album sera censuré !! Highway To Hell ne sortira que deux ans plus tard et sous une pochette sans le groupe ni aucun symbole douteux (la queue et les cornes du diable, le pentagramme en pendentif de Bon Scott). (à gauche la version RDA et à droite l’erreur espagnole)

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La version censurée.
La version censurée en RDA.

Plus ridicule encore, AC/DC est placé sur une liste noire de groupes occidentaux « idéologiquement malfaisants » par l’URSS, alors que Young, Young & co se sont toujours refusés de faire toute chanson ou déclaration politique ! Au final pour un choix fait à la-vite ces trois pochettes sont d’une étonnante richesse, et peuvent être vues comme une sorte de résumé d’AC/DC. On y trouve un clin d’œil aux Stones, leur penchant pour les thèmes satanico-farceurs qui leur valent critiques et censures, un Bon Scott hilare qui profite de tous les plaisirs de la vie jusqu’à l’excès, la fratrie Young goguenarde, le fameux logo que tant d’écoliers ont gravé sur leurs tables durant un cours trop long, sans oublier le titre qui nous renvoie à leurs tournées incessantes et déjantées où les attendent des armées de fans. Il faut d’ailleurs signaler qu’AC/DC est un groupe qui respecte particulièrement ses fans, ils soignent tous les objets qui leur sont destinés (coffrets flamboyants, rééditions nickel chrome avec bonus sur le site internet, la totale) et jouent toujours avec une rare énergie pour des cinquantenaires. Alors tout AC/DC dans une pochette ? Presque, il manque le plus important selon Angus, la gent féminine. Le diablotin (1m53 ! Ce qui fait de lui le guitar hero au rapport talent/énergie/taille/poids le plus tonitruant qui soit !) avoue avoir commencé la musique parce que « c’était un bon plan pour trouver des filles ». Il ajoute que c’est toujours sa première motivation, « on vit vraiment pour les gonzesses » déclarait-il en 1979. Une déclaration qu’il renouvellera tout au long de sa carrière. Au moins, voici des vieux dont le nouvel album n’est pas motivé par l’argent !

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[1] (pour la petite histoire Powerage est un des albums préférés de Keith Richards, au grand déplaisir de Mick Jagger)

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