Pochettes
Histoire De Melody Nelson

Histoire De Melody Nelson

Serge Gainsbourg

par Kris le 13 janvier 2009

paru le 24 mars 1971 (Philips / Universal)

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Comment oublier Melody Nelson ? Comment ne plus frissonner aux écoutes mentales de La Ballade De Melody Nelson ? Ces plaisirs coupables d’En Melody, ces poèmes délivrés et chantés/parlés par Serge tout au long de cet album, de son album. Scandale et œuvre contemplative qui ne vieillit absolument pas, Histoire De Melody Nelson est de ces albums qui fascine, un de ces albums sur lequel le temps n’a pas d’emprise, un de ces albums qui font et défont la petite histoire de la musique. Deux ans après le beau Jane Et Serge et le scandale du fameux titre Je T’Aime Moi Non Plus, le grand Serge ne semble pas échaudé par la polémique. Melody Nelson « quatorze automnes et quinze étés » est la nouvelle lubie de Gainsbourg, encore et toujours interprété par sa muse, son égérie Jane Birkin.

Cette pochette bleue, azurée, bleue ciel isole l’essentiel et le plus important. Melody Nelson alias Jane Birkin demeure au centre d’un ciel l’entourant, comme le soleil d’un ciel immaculé, l’épicentre d’un tremblement de terre céleste, étoile brûlante d’un univers artistique qu’est l’esprit fulminant de Serge Gainsbourg. Cet album, Gainsbourg voulait qu’il devienne un succès, une œuvre qui marque. Il rappelle son indispensable Jean-Claude Vannier et va enregistrer à Londres, centre du monde de la musique de l’époque. Récit d’un amour, d’une ballade épique et soudaine à la Kerouac, il réinterprète sa propre histoire avec Jane Birkin en accentuant le trait, soulignant d’une épaisse couche avec son pinceau musical magique. A l’époque déjà, Serge, un peu vieillissant, et Jane, jeune Anglaise, étaient un couple peu conforme dont la différence d’âge était notable et notée. Lui dans le rôle du Pygmalion pervers, elle dans la prude innocente mais avenante. Melody Nelson est sa relecture de sa propre histoire, mais en transposant le tout un cran en dessous rendant pour le coup sa Jane Birkin sous la barre de la majorité. Telle que sur la pochette, Melody Nelson est une nymphette comme pouvait le décrire Nabokov, provocante, charnelle, attirante et interdite. Jane Birkin affublée de sa perruque rousse fixe l’objectif et attise le regard coupable du public. Juvénile et mutine de par sa posture, sa poitrine nue, sa poupée pressée contre elle, Jane Birkin expose de plus belle par cette prestance le pouvoir de provocation de Gainsbourg. Par cette seule pose, Birkin déstabilise le voyeur, elle inspire ce malaise provoqué par l’entrechoquement d’une part du réveil de ce sentiment libidineux et d’autre part de la conscience que Birkin joue une enfant. Pour rajouter au malaise engendré, il faut savoir que Jane Birkin était enceinte de la petite Charlotte au moment de la photographie pour la pochette...

Lolita personnelle et surexposée de Serge Gainsbourg, Melody Nelson demeure et demeurera à jamais dans la constellation des nymphettes mythiques. L’Histoire De Melody Nelson transpire de sa malsaine et coupable suée dès sa pochette visuellement accrocheuse. Ce regard assené de Birkin fascine, entre l’inquiétude et la prise de pouvoir, elle contrebalance par la souplesse de son corps à demi-nu. La légende raconte que la poupée que garde si précieusement Jane/Melody tout contre sa poitrine aurait suivi Serge Gainsbourg au cimetière Montparnasse... Vingt-cinq ans après, Melody Nelson est au firmament, sous la tutelle d’un poète de génie dont le rayonnement est toujours des plus lumineux.

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