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Hours ...

Hours ...

David Bowie

par Milner le 6 février 2007

2,5

paru le 5 octobre 1999 (Virgin Records)

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C’est peu de dire que David Bowie est un homme libre. Insaisissable, fuyant, volontiers cynique, parfois même gentiment provocateur, le dandy londonien, la cinquantaine passée, prend toujours le même malin plaisir à dérouter quoi qu’il se passe : jamais là où on l’attend ; jamais là, surtout où on désirerait qu’il soit ; toujours là, en revanche, où ça se passe. En gros, cela revient à dire en marge ou en avance selon les cas. L’ennui, c’est qu’en jetant une oreille distraite sur son Hours... datant de 1999, il est malheureusement trop facile de mesurer l’ampleur du nivellement par le bas que prenait l’artiste au moment de franchir fièrement les portes du nouveau millénaire.

À la première écoute, Hours... est inquiétant. C’est le seul album de Bowie qui puisse légitimement être utilisé comme musique de fond lors d’un dîner entre amis. Le rythme est régulier et dégage une impression de lassitude, de dégoût envers la vie. Impossible de ne pas deviner derrière ces compositions à la lenteur et à la froideur latente, le sourire en coin d’un Bowie amusé à l’idée de laisser les critiques le submerger et l’anéantir. Il suffit de l’entendre chanter « All of my life I’ve tried so hard / Doing my best with what I had / Nothing much happened all the same » pour être certain qu’il manie l’ironie avec noblesse. Le disque n’est pas sans faiblesses. Certains titres semblent raides, sous-développés. Thursday’s Child, par exemple, manque de cordes, de luxuriance puisque telle quelle, la chanson donne l’impression d’être sous-produite, sonnant presque comme une démo. Même reproche pour The Dreamers, qui a été fignolée et améliorée au stade du mixage mais échoue néanmoins à convaincre. Seven, plus pop à l’origine, avec un accompagnement délibérément rétro de battement de mains, fut transformée en discrète ballade acoustique pour l’album. Si bien qu’on s’abandonne à penser que l’adhésion de l’auditeur ne sera pas pour cette fois.

Œuvrant dans le sens d’une entière sincérité, il se dégage paradoxalement un assemblage de chansons assez hétéroclites qui, dans ses passages les plus inspirés, rivalise de grâce avec celles de Hunky Dory. À cet égard, The Pretty Things Are Going To Hell contient les meilleurs riffs de Gabrels sur un album de Bowie et Bowie a volontairement opté pour un style abruti, le plus primitif possible. C’est une référence à une de ses chansons imparables Oh ! You Pretty Things ou au choix avec le groupe anglais de R&B que Bowie a un temps porté aux nues sur Pin Ups. Le très cinématographique New Angels Of Promise reprend le style romantique et sombre de Sons Of The Silent Age sous un séduisant morphing. Bowie gratte son koto et ressuscite son côté bouddhiste pour Brilliant Adventure. If I’m Dreaming My Life, dont la guitare néopsychédélique de Gabrels renforce l’impression de désorientation, est une preuve de son habile propension à créer des climats musicaux. Et puis, comment ne pas évoquer What’s Really Happening, la première chanson a avoir été coécrite par une star et un fan via Internet ? C’est le résultat d’un concours sur le site internet de Bowie qui permit à Alex Grant, fan australien de l’Anglais, de le rencontrer en studio pour une séance d’écriture.

Telle une éponge sortant de l’eau, Hours ... absorbe les tendances du moment et essuient les plâtres que l’album Earthling avait discrètement blanchi. Il aura peut-être fallu du courage à l’auditeur pour suivre ce chemin sans réelle issue en dix étapes relativement éprouvantes. Il est toutefois intellectuellement satisfaisant de constater que, dans notre monde blasé, des albums simples et fatigués peuvent encore déchaîner des passions une poignée d’années après leur naissance.



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Tracklisting :
 
1- Thursday’s Child (5’24")
2- Something In The Air (5’46")
3- Survive (4’11")
4- If I’m Dreaming My Life (7’04")
5- Seven (4’04")
6- What’s Really Happening ? (4’10")
7- The Pretty Things Are Going To Hell (4’40")
8- New Angels Of Promise (4’35")
9- Brilliant Adventure (1’54")
10- The Dreamers (5’14")
 
Durée totale : 47’06"