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Human Animal

Human Animal

Wolf Eyes

par Parano le 23 janvier 2007

4

paru en septembre 2006 (Sub Pop)

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Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? La musique du diable, peut-être, celle de la terreur, sans aucun doute. Trente trois minutes de sons apocalyptiques, qui font passer Aphex Twin pour John Lennon, et Sadako, le fantôme démoniaque de Ring, pour Lorie. Ça grince, ça cogne, ça crisse, ça gronde, ça hurle, et l’auditeur, tétanisé, a le choix entre vomir ses tripes et massacrer son chat.

Écouter Human Animal de Wolf Eyes, c’est plonger la tête la première dans la cuvette des chiottes, pendant qu’une fille se fait dépecer vivante par un prédicateur pervers. Une aventure. Il faut dire qu’ils se sont donnés du mal, les trois blanc-becs de Wolf Eyes, pour saturer nos oreilles de bruits insoutenables, portés par les fréquences les plus désagréables, et les rythmes les plus déstructurés. Appelez ça de la noise expérimental, de l’indus white trash ou de la merde, ça vous regarde, à condition d’oser tenter l’expérience. Venu de Detroit, dans le Michigan, Wolf Eyes est un cauchemar nihiliste qui a parcouru les states sans relâche, avant d’atterrir chez Sub Pop. L’armageddon faisait sans doute défaut à la discographie de l’illustre label, et on ne peut que saluer le courage du directeur artistique qui a signé ce groupe (on parle aussi d’un pari perdu par les représentant de Sub Pop, ha ha ha, comme c’est rigolo).

On rapprochera avec peine la musique primitive et jusqu’au-boutiste de Wolf Eyes avec les premiers gloussements de Sonic Youth, Animal Collective ou de Swans. Le groupe, formé en 1998, a la réputation d’avoir distribué des dizaines d’enregistrements CDR et K7 sur ses propres labels (AA Records, Gods of Tundra, American Tapes), faisant ainsi honneur à l’éthique DIY. Human Animal (loup-garou ?) est leur second album chez Sub Pop, aussi inconfortable que l’était Burned Mind, sorti en 2004. Entre temps, un des membres fondateur du groupe s’est réfugié au... Népal. On espère qu’il a beau temps. Si vous pensez qu’un tel groupe doit peiner à jouer devant plus de cinq satanistes et deux poivrots, détrompez-vous. Wolf Eyes a une réputation plutôt flatteuse, et a suivi Sonic Youth et Andrew W.K. en tournée. On les imagine mal faire sauter la banque avec cet album, mais ce n’est sans doute pas le but. Un journaliste des Inrocks vous dirait que Wolf Eyes place l’homme moderne face à sa propre inhumanité ; un besogneux de chez Rock & Folk hululerait que les Stones c’est quand même plus cool ; et un tâcheron de Rock Sound n’écrirait rien du tout, trop occupé à cirer les pompes des labels, grands pourvoyeurs de groupes qui déchirent. Moi je vous dis qu’il vaut mieux écouter Wolf Eyes que de voter Sarkozy en 2007. Un bel hommage, non ?



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Tracklisting :
 
1- A Million Years (5’01")
2- Lake Of Roaches (1’58")
3- Rationned Rot (8’09")
4- Human Animal (3’32")
5- Rusted Mange (2’12")
6- Leper War (6’03")
7- The Driller (3’58")
8- Noise Not Music (2’19")
 
Durée totale : 33’16"