Chansons, textes
I am the Resurrection

I am the Resurrection

The Stone Roses

par Efgé le 8 décembre 2009

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« Down, down / You bring me down… » Comme Randy Newman et à un degré moindre Bob Dylan avant eux, comme Eels après eux (des filiations qui sautent pas vraiment aux yeux à première vue, je vous l’accorde), Ian Brown et les Stone Roses ont l’art de combiner mélodies suaves, entraînantes et paroles vachardes. Auparavant, la basse de Mani et surtout la batterie de Reni (manquait plus que Loulou à l’harmonica) avaient bien posé les choses : les Stone Roses sont un groupe de rock et une bande de songwriters uniques et le genre de gonzes à tracer un chemin jusque-là inconnu entre la Motown et la danse music naissante. Allez, une comparaison moins foireuse (quoique) : le génie mélodique des Beatles, auquel on ajoute l’enfant de Hendrix et Clapton à la lead guitar, le tout mixé par le DJ de l’Hacienda.

Hymne du Madchester de la fin des années 90, I am the resurrection clôt en 8 minutes et une douzaine de secondes la version originale de l’album éponyme des Stone Roses, sorti en 1989 (une réédition de 1991 verra un treizième morceau apparaître dans le tracklisting, Fools Gold). C’est bien évidemment à l’Eglise catholique que John Squire et Ian Brown veulent chercher des poux : ces paroles, I am the resurrection, font écho à ce passage de la bible (chapitre II, verset 12, non, ne cherchez pas, j’ai écrit ça au pif) dans lequel Jesus dit à ses fidèles de faire péter le pinard et de ramener Marie-Madeleine, sinon il multipliera les pains (en tout cas, c’est ce que j’ai compris). D’après John Squire, il y avait une énorme église en ville qui avait un gros panneau d’inscription avec ces paroles écrites dessus. On aurait pu également comparer ces paroles à celles d’une rupture conjugale : « I hear you knocking at my door and I can’t sleep at night / No room for you inside my house I need to be alone / […] I couldn’t stand another second in your company”, ou alors j’ai une vie sentimentale misérable et ça me monte à la tête.

Ce qui rend à mon humble avis cette chanson inoubliable dès la première écoute, c’est que les quatre Mancuniens semblent au sommet de leur art : jamais la basse et la batterie n’ont paru autant s’entendre comme larrons en foire, jamais Reni n’a semblé aussi facile, délié et inventif dans ses diverses propositions rythmiques… Si on voulait être méchant, on pourrait dire que Ian Brown n’a jamais aussi bien chanté : il semble littéralement en extase quand il pousse son « I am the resurrection and I am the light » (au passage, pour avoir entendu des versions live de la chanson, John Leckie a dû s’arracher les cheveux à la production). Et puis que dire de John Squire et de sa guitare-anaconda, qu’il dresse et martyrise pendant 4 minutes 30 lors d’un instrumental intersidéral qui clôt le morceau… Sur la ligne de basse méga-samplée de Mani, John Squire se la joue tantôt blues, tantôt James Brown-esque, tantôt noisy (mais combien de pédales d’effets avait-il à ses pieds ?), tandis que Reni se fait pousser un troisième bras ou se fait suppléer par toute la section rythmique de Carlos Santana et Tito Puentes, au choix. On est entraîné dans une sorte de grande roue infernale qui nous fait enchaîner looping après looping, dans des paysages jusqu’alors inconnus, tantôt sensuels et effrontés, tantôt lyriques et grandiloquents… indéfinissable, maglré mes efforts, et surtout incommensurable. On imagine dans quel état pantelant les fans des Stone Roses ont reposé leurs écouteurs après le fade out de conclusion, pour attendre désespérément une suite à ce chef-d’œuvre. En 8 minutes 12, ils ont peut-être écouté à la fois le meilleur single pop, puis le meilleur single dance de la décennie.



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