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Josh Freese

Josh Freese

Marketing, post-rationalité, et lasagnes.

par Thibault le 13 avril 2010

Since 1972 est sorti le 24 mars 2009.

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Josh Freese n’est pas un personnage très médiatique, mais derrière ce nom se cache l’un des plus grands requins de studio de l’industrie du disque américaine. Encore que l’appellation « requin de studio » est un poil péjorative, dégainée à l’envie par tous ceux qui considèrent, un peu petit trop hâtivement, les musiciens de sessions comme de petits gobelins vils et vénaux, purs mercenaires qui jouent pour n’importe qui, sans séparer le bon grain de l’ivraie. Le « requin de studio », comme son nom l’indique, attend, tapi dans un couloir, qu’un Artiste Véritable daigne se pencher sur son sort et le prendre comme exécutant le temps d’enregistrer un disque. Tel un homme de main le requin enchaine les contrats, assure le job. Etre à l’heure, suivre les directives, pas de fausses notes. Fonctionnaire, quoi. Mais derrière le cliché se joue souvent une autre pièce, les connaisseurs savent bien que de nombreux chefs d’œuvre sont nés du professionnalisme d’une équipe parfaitement rôdée. N’est pas bassiste chez les Funk Brothers de la Motown qui veut !

Josh Freese, batteur professionnel depuis l’âge de quinze ans, n’est pas du genre à espérer qu’un créateur lui demande de jouer sur une chanson. Ce serait plutôt l’inverse. Il s’agit de l’un des hommes les plus demandés de l’Amérique musicale. Il connaît tout le monde, et joue avec tout le monde. Son CV défie l’entendement : Weezer, DEVO, Dweezil Zappa (le fiston de Frankie), Avril Lavigne, A Perfect Circle, Suicidal Tendencies, Wayne Kramer, Nine Inch Nails, Rickie Lee Jones, Chris Cornell, The Offspring, Good Charlotte, Guns N’ Roses… tous ont eu recourt à ses bons services. On fait la queue poliment pour avoir droit à ses soins. Pour Josh, c’est la grande vie. Il travaille avec toutes les stars, elles le réclament, il s’amuse comme un gosse, accepte les récréations (c’est lui qui tient la batterie sur le dernier Slash) comme les challenges et projets plus sérieux (NIN, Chinese Democracy), et ramasse un beau paquet de pognon. Son carnet d’adresse est long comme le bras, ses potes s’appellent Trent Reznor, Danny Carey, le gratin de la west coast quarantenaire…

Josh ne s’ennuie pas. Et comme il aime bien déconner, il a décidé de vendre son album solo, Since 1972, selon un procédé totalement dingue. Surfant sur la vague des packages internet qui offrent de nombreuses possibilités à l’acheteur (Radiohead, NIN), comme celle de choisir le format des fichiers (flac, mp3, etc.) et qui emballent l’objet de quelques goodies tels des livrets digitaux, applications, animations, etc. Josh est allé beaucoup plus loin.

Quelque part où la raison n’a pas droit de cité. Pour 7$ et 15$, vous avez le pack standard, CD ou CD + DVD. Pour 50$ vous avez un tee shirt supplémentaire, mais aussi, et c’est là que ça commence à déraper, un appel de Mr Freese en personne, qui vous remercie pour votre achat et vous accorde une conversation de cinq minutes. Libre à vous de lui parler de ce que vous voulez. Pour 250$ il vous donne également une baguette et un tom dédicacés, et vous invite à déjeuner en sa compagnie à la Cheesecake Factory ou au PF Changs de Long Beach, au choix, c’est vous qui voyez.

Et ce n’est qu’un début. Pour 500$ il vous propose, en plus d’une cymbale et d’une baguette dédicacées, une séance de relaxation sensorielle dans un caisson, séance filmée et postée sur YouTube. Après c’est parti pour un open-buffet de crevettes au Sizzler, avec un bon steak à 8,99$. Pour 1000$ il vous lave votre voiture ou vous fait le ménage, avant de diner au Queen Mary, toujours à Long Beach. Si vous le souhaitez, après un dernier verre au bar d’Alex, il vous coupera les cheveux sur un parking et postera la vidéo sur YouTube.

Ce n’est pas fini. Pour 2500$ vous gagnez soit une leçon de batterie, soit un massage aux pieds, assurés dans les deux cas par sa personne, la grande classe. Ensuite vous irez au Hollywood Wax Museum en compagnie d’un des membres de DEVO ou des Vandals. On ne sait pas si le port du casque est obligatoire si l’on choisit DEVO, mais ce serait vraiment la très grande classe. Sinon vous pouvez l’accompagner luncher au Spearmint Rhino, Gentlemen’s Club… Ce n’est pas exactement l’endroit où l’on s’imagine manger une salade, mais pourquoi pas… Après cela vous irez changer les couches de ses trois enfants, puis vous picolerez quelques bouteilles, comme deux vieux amis. En partant celui-ci vous donne le droit de prendre trois objets dans son placard, ceux que vous voulez, premier venu premier servi. Dépêchez vous car il ne reste plus qu’une seule offre !

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En réalité, tout ceci était sensé rester une vaste plaisanterie. Le problème est que Josh a fait les choses dans les règles, légalement. C’est tellement plus drôle de pousser la logique jusqu’au bout et d’annoncer sérieusement « achetez mon disque et je vous emmène vous encanailler dans un club de Strip-Tease de L.A. » Sur son site, vous pouvez faire chauffer la carte de crédit et achetez l’offre que vous souhaitez…

Jusqu’à celle de 50$, cela reste gérable. Dès celle à 250$, cela commence à partir en cacahuète. Pour celles qui suivent, c’est carrément n’importe quoi. Trop heureux, ses fans se sont jetés sur l’occasion et ont réellement achetés certains packs, mettant Freese dans l’embarras, pris à son propre jeu. Les acheteurs sont dans leur bon droit et peuvent faire jouer la loi en leur faveur, ils ont droit à leur caisson de relaxation ! Freese raconte ses déboires : « J’ai déjeuné, j’ai flotté dans des caissons d’isolation sensorielle, j’ai donné des cours de batterie, j’ai organisé des visites à Disneyland, j’ai écrit des chansons sur des inconnus, je les ai laissé prendre des fringues dans mes placards, j’ai coupé des cheveux ».

L’affaire ne s’arrête pas là. Car les quatre dernières offres sont tout simplement hallucinantes. Pour 5000$ Josh écrit une chanson sur toi (dans ces conditions le tutoiement s’impose), petit veinard, la met sur son prochain disque, et tourne le clip sous ta direction. Il t’emmène, toi et ton meilleur ami, ou ta meilleure amie, faire un tour à Disneyland. Ensuite tu as le choix entre aller chez ses parents ou boire des margaritas à El Torito. Il ne se fout pas de ta gueule, Josh. Pour finir, Stone Gossard, guitariste de Pearl Jam, t’écrit ses impressions sur la chanson qu’il préfère sur Since 1972 (c’est l’album que l’on achète, rappelons le).

Pour 10 000$, quelque chose comme le Pérou. Toujours un massage ou une leçon de batterie, toujours Disneyland, mais avec une virée au Club 33, restaurant cossu de l’attraction Pirate des Caraïbes, et, cette fois, vous y allez avec sa Volvo 940. Il te laisse repartir avec la voiture une fois la journée terminée, oui. Et la Volvo 940 de Josh Freese, c’est de la caisse, de la vraie.

L’offre est toujours valable, sérieusement. Pour 20 000$, outre une caisse claire de la tournée 2008 de Nine Inch Nails, Josh te fait Le Grand Tour dans Long Beach. Tu verras tout, et même le reste. Le collège de Snoop Dogg (oui, il a été à l’école, faut pas croire), les meilleurs tacos de la ville, son premier appartement, et surtout, le clou de la journée, le coffee shop de la 2nde St, où son colocataire a filé 40$ à Dave Grohl afin que ce dernier l’aide à poser son carrelage, avant même que le chevelu ne devienne batteur de Nirvana… Après cela une nuit sur le Queen Mary, mais pas dans la même chambre, pas de blagues… Josh écrit deux chansons sur toi, t’autorise à venir jouer de l’instrument de ton choix sur un titre de son prochain disque, et te propose l’habituel massage ainsi que les trois objets de son placard.

Comme si ça ne suffisait pas, il y a aussi une partie de mini golf avec Maynard James Keenan. Oui, Maynard James Keenan, le chanteur de Tool, ce grand cinglé prompt à insulter tout ce qui bouge, le mec bizarre qui se contorsionne en pyjama rose sur scène et qui s’est lancé récemment dans la viticulture. L’offre était trop belle, elle a trouvé preneur, et la partie a bel et bien eu lieu. L’acheteur maintient que « ça valait complètement le coup de le faire ». On veut bien le croire.

L’offre à 75 000$, toujours disponible pour le moment, est un sommet indépassable. Après avoir accompagné Josh en tournée, celui-ci écrit un EP de 5 chansons sur ta vie. Il t’offre également un de ses kits de batterie, complet. Si tu as un groupe, il devient ton batteur pour un mois et enregistre un disque avec toi. Sinon il devient ton assistant personnel pour la même durée, de 10h à 17h, quatre jours par semaine. Au programme, une petite virée en limousine chez les narcos à Tijuana, histoire de voir « comment les choses se font »… Sans compter un petit rodéo sous champis dans la Lamborgini de Danny Carey, batteur de Tool. Il va être content, Danny. Last but not least, une leçon de trapèze volant dans la vallée de San Fernando. Et après cela, Robin de Nine Inch Nails et sa femme te cuisineront des lasagnes maison, en toute simplicité. C’est très bon, les lasagnes.

« I’m not expecting to sell any of those ridiculously priced packages but I sure did get a lot of good press and attention to the fact that I’m putting out a record because of it ! » Josh Freese. Si jamais une offre vous tente, c’est par ici.



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