Incontournables
Juju

Juju

Siouxsie And The Banshees

par Oh ! Deborah le 27 juillet 2010

paru en 1981 (Polydor)

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Difficile de choisir parmi les premiers albums de Siouxsie et ses Banshees, définissant tous les structures et certains aspects du post-punk. Severin (co-fondateur des Banshees) est toujours de la partie, même s’il formera The Glove en 1983 avec Robert Smith, lequel officie dans les Banshees en 1979 et de 1982 à 1984. Entre temps, c’est John McGeoch, immense guitariste issu de Magazine, et le batteur Budgie, futur mari de Siouxsie, issu des Slits, qui s’attelleront à déployer l’expérimentation dark de Kaleidoscope et le génie martial de Juju. Avec, toujours, la voix offensive de notre battante et venimeuse Siouxsie Sioux.

Susan Janet Ballion a eu, dès 1978, ses années de gloire méritée en Angleterre. Son image ne s’était pas remise des conceptions vestimentaires et accessoires SM de Malcom McLaren, mais, dans toute son individualité et sa splendeur, elle a très vite voulu créer, déjà avec The Scream, une ambiance nouvelle. Celle qui répondrait à une rythmique tribale et à une noirceur cold-psychédélique.

Au cœur d’une trilogie débutée par l’ensorcelant Kaleidoscope et terminée par le plus romantique des albums de l’histoire, A Kiss In The Dreamhouse, Juju allait s’incruster de manière brute et violente. Siouxsie, qui est alors captivée par les percussions en tout genre, créé (avec Budgie) The Creatures, groupe basé sur des rythmes, et réalise de la plus belle façon qui soit le mariage du gothique avec l’exotisme tribal, comme en témoigne sa trilogie. Ses préférences lui confèrent une bizarrerie sincère et secrète, malheureusement détournée par son image excentrique de mauvaise actrice de série B. C’est faire l’impasse sur le talent d’une jeune femme captivante, d’un bassiste génial (Severin), d’un batteur complet (Budgie) et du guitariste le plus aventureux d’alors (Mc Geoch).

Producteur de Juju, Nigel Gray ne parsème l’album que d’arrangements électroniques sobres et efficaces. Tout juste de quoi alimenter l’atmosphère spartiate et cadavérique de cet album urgent, affublé de résonances cyanosées et lapidaires par notre chercheur DU son, McGeoch. Alternances de guitares sèches/électriques, d’accords rêches ou d’arpèges limpides, comme livides. Et toujours, claustrophobes au possible. Ne s’évaporant que dans les antres souterrains d’un empire occulte et conquérant (Halloween). Ou dans la simple sombreur faite d’abstractions perçantes et autres grincements perfides (la sublime Night Shift).

Cet album, répété tous les jours pendant des mois, est le plus homogène de Siouxsie. Si Kaleidoscope « a été conçu comme une série de chansons unies par leur diversité, Juju a grandi à partir d’une idée centrale » affirmait Siouxsie. La statue sur la pochette participe naturellement à l’imagerie incantatoire des Banshees à ce moment là. Après la seule plage dispensable de l’album (Head Cut), la fétichiste Voodoo Dolly et ses effets pervers et modernes (noise, crescendo post-rock de la guitare en fin de chanson) achèvera Juju de façon à nous laisser un sale goût dans la bouche.

Comme beaucoup d’autres albums de Siouxsie, Juju s’apprivoise avec le temps. Il dévoile peu à peu les tubes à la fois baroques et laconiques que sont Spellbound, Into The Light, Arabian Knights, Halloween et Sin In My Heart, laquelle est interprétée comme si la chanteuse avait le couteau sous la gorge. Beaucoup considèrent Juju comme son œuvre la plus gothique, ce qui exaspère McGeoch du fait que le terme soit facile et péjoratif. « Nous étions plus du genre à faire couler du sang Hitchcokien sur une pâquerette qu’à planter nos canines quelque part. » Pas mal comme métaphore.

La musique de Siouxsie, c’est avant tout la classe. Et Juju est au moins considéré comme son album le plus important, incisif et influent. Rarement égalé, il laissera, de par sa radicalité et sa géométrie parfaites, une empreinte indélébile sur des années de post-punk et de new-wave (on reviendra sans doute un jour sur le cas trop peu évoqué de A Kiss In The Dreamhouse). Halloween n’est pas sans rappeler Unknown Pleasures et Monitor détient les clés qui ouvriront les portes du rock industriel des années 80. Enfin, quelques prémices de Sonic Youth sont à déceler dans Sin In My Heart. Si ces comparaisons restent relatives, de nombreux artistes (Cure, Morrissey, U2, Radiohead, Tricky, Massive Attack...) rendront justice au travail de composition et aux trouvailles sonores qui ornent les cinq albums psychédéliques et remarquables de Siouxsie, écrits entre 1978 et 1982.



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