Chansons, textes
Kick Out The Jams

Kick Out The Jams

MC5

par Parano le 5 février 2008

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

1969. Les hippies sont partout. Le rock a le poil long et chante l’amour, la paix et surtout l’ennui. Sur scène, la rage politique et sexuelle est anéantie par un mauvais trip d’acide, et la jeunesse américaine attend nonchalamment l’avènement du rock de stade, fardé et ampoulé, sans la moindre note de colère. Les Stooges n’ont pas encore déboulé pour cracher à la gueule du public, et, en attendant la rédemption proto punk, c’est un groupe de Detroit qui s’y colle : Le MC5 fait parler la poudre avec une seule chanson : Kick Out The Jams. Originaire de Motor City, le gang de Wayne Kramer et Fred « Sonic » Smith revendique haut et fort la rage adolescente et le radicalisme politique. Leur manager, John Sinclair, activiste notoire et poète belliqueux, est fondateur du White Panther Party, avatar blanc des redoutables Black Panthers. On est loin, très loin, des jérémiades californiennes, et du Flower Power. le WPP part à l’assaut de la culture blanche, en prônant le rock, la dope, et la « baise dans les rues ». Le MC5 est bombardé fer de lance d’une révolution qui doit libérer la planète, soutenu par une religion nouvelle, l’improbable Zenta.

Kick Out The Jams a été enregistrée lors du concert donné par le groupe au Grand Ballroom de Detroit, à l’automne 1968. La puissance incendiaire du MC5 est ainsi parfaitement restituée, et peut librement exploser sur les platines des gamins occidentaux. Rarement, les paroles d’une chanson auront été aussi explicites, ce qui vaudra au groupe les foudres de la censure : Certains disquaires refusent de distribuer le vinyle, dont ils jugent les propos offensants. Le MC5 réagit violemment, en insultant ses détracteurs, et se fait virer d’Elektra. Repêché par le label Atlantic, le groupe sera incapable de donner une suite cohérente à son coup de génie, et l’histoire ne retiendra qu’une seule chanson du MC5 : Kick Out The Jams.

Le titre s’ouvre sur le chant orgiaque de Wayne Kramer, et son célèbre cri de ralliement :

And right now, right now, right now it’s time to kick out the jams, mother fuckers !

On n’avait pas fait plus littéraire, ni plus engageant, depuis le fabuleux Be My Baby des Ronettes, ou l’épatant Da Doo Ron Ron des Crystals. Soutenu par des guitares incisives, le chanteur braille une ode ouvertement salace, à faire rougir la barbe bien fournie de Jim Morrison. Le roi lézard peut hululer à volonté son Light My Fire. A présent, il est temps de « lâcher la purée », ce qui est une façon nouvelle, et carrément jouissive de parler de/à sa génération.

Well, I feel pretty good
and I guess that I could
get crazy now, baby.
’Cause we all got in tune and when the
dressing room got hazy now, baby.

Le MC5 gronde, et célèbre à sa façon, radicale et bruyante, l’hédonisme rock : Loges enfumées, folie et harmonie quasi mystique.

I know how you want it, child :
hot, sweet, and tight.
The girls can’t stand it when you
doin’ it right ;
when you’re up on the stand.
 
And let me kick out the jams, yes !
Kick out the jams.
I wantta kick ’em out !

Finies les séances de pelotage à l’arrière de la Ford. L’acte sexuel se pratique sur scène, là où le rock est chaud, et serré. Et les filles aiment, quand il est bien fait.

Yes, I’m startin’ to sweat,
you know my shirt’s all wet.
What a feelin’.
 
And the sound that abounds and
resounds and rebounds off the ceiling.
You gotta have it baby,
you can’t do without,
when you get the feelin’,
you got the sound above.
Put that mike in my hand
 
And let me kick out the jams, yes !
Kick out the jams.
I wantta kick ’em out !

Le rock, ça donne chaud. La preuve, notre ami Wayne est en nage. Et puis tout ce son, qui déborde et rebondit, cette sensation, c’est trop ! Le micro à la main, il va… balancer la purée (on ne s’en lasse pas). Et puis aussi les foutre dehors. Qui ça ? hum… demandez aux White Panthers, ils ont probablement une idée.

alright, alright, alright,...(9 times)
come on, come on, come on,
 
So you gotta get it up,
you know ya
can’t get enough, Miss Mackenzie.
Well, it gets in your brain,
it drives you insane with a frenzy.
 
The wailing guitars, girl,
the crash of the drums,
makes me wanna keep a-rockin’ till the
morning comes.

Abandon, frénésie, et folie, le rock a pénétré l’esprit de la petite Mackenzie (probablement parce que ça rime avec frenzy), qui, décidément, n’en a jamais assez. Le fracas des guitares et de la batterie se poursuivent jusqu’au matin.

Let me be who I am.
And let me kick out the jams, yes !
Kick out the jams.
I done kicked ’em out

Voila probablement l’un des meilleurs couplets jamais écrits pour une chanson rock. La liberté comme seule ambition, et le sexe comme force libératrice, au même titre que la musique, voila le seul et unique credo du binaire. Encore fallait-il l’écrire, et le chanter. Avec Kick Out The Jams, une bourrasque salvatrice a soufflé sur le rock, encore adolescent, et déjà à court de souffle. La révolution était en marche.



Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom