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MTV Unplugged

MTV Unplugged

Pearl Jam

par Thibault le 27 octobre 2008

Dans le cadre d’une série sur les plus grands concerts de l’histoire du rock, voici la sixième pierre d’un édifice qui s’annonce imposant. Cette semaine donc, les cinq de Pearl Jam investissent le plateau de l’émission MTV Unplugged pour une performance éblouissante.

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Le concert en streaming

Il nous fallait réparer cette erreur. Souvenez vous, il y a déjà quelques temps, Inside avait consacré une playlist au grunge dans sa veine acoustique, et nous avions oublié de dire ne serait-ce qu’un mot de la performance hallucinante de cet hallucinant groupe qu’est Pearl Jam en cet hallucinant 16 mars 1992, lorsque le groupe débarque dans les studios Kaufman Astoria du Queens, New York. Ce jour là, Pearl Jam a sorti des flingues de concours avec la puissance de feu d’un croiseur. Et avec des guitares acoustiques s’il vous plait. De quoi faire réfléchir à deux fois les imbéciles heureux qui cassent du sucre sur le dos de la formation et du grunge en général. En effet, chez bien des individus, le terme de grunge est associé à ceux de « cheveux longs », « chemises à carreaux », « bruyant », « hard rock 90’s de plouc », etc. Et si Nirvana fait figure d’exception en faisant l’unanimité de presque tous, les autres groupes méritent plutôt des regards condescendants de la part de la critique et de certains amateurs de rock. Alice in Chains ? Pearl Jam ? Soundgarden ? « Pouah, d’affreux hardos mal fringués, des salauds de carriéristes qui surfent sur la ploucardise de l’américain moyen. » Et pourtant, ces groupes ont fait preuve d’une inventivité rare, ont sorti d’excellents albums, intelligents, qui ne peuvent être réduit à leur parodie, de vulgaire hard rock ou métal dépressif pour jeunes rebelles qui trouent leurs jeans. Leurs chansons sont excellentes en soi, et dépendent en rien d’une pédale de distorsion ou de la puissance de l’ampli. La preuve avec ce live de Pearl Jam à l’émission MTV Unplugged, où le groupe fait apparaître ses compositions sous un autre jour, plus subtil mais pas moins énergique.

Car s’il y a une chose qui est terrible, c’est cette foutue ballade rock. Ces accords acoustiques faciles, ses paroles type « oh baby i’m losing my mind without yooooooouuu, buuut toniiiiiiiiiiiight, in the skyyyyyyyyy », son solo qui dégouline de chantilly, etc. Un écart affreux, impardonnable. Du coup, pendant des années, tout groupe de hard rock ou genres proches (metal, etc.) qui flirtait avec le genre se voyait conspué par ses fans, accusé de baisser son pantalon devant le grand capital. Il faut voir comment Metallica s’est fait copieusement insulté pour son One. La ballade était un tabou horrible. Horresco Referens, comme auraient dit les républicains de centre gauche en 1880 à propos de la droite orléaniste. C’est que ça ne déconnait pas en 1990. Et puis Pearl Jam, donc. Qui donne un grand coup de 47 fillette dans la fourmilière. En montrant au grand public (les projecteurs sont braqués sur la formation qui vient de vendre quelques millions d’exemplaires de leur incroyable Ten) que l’on peut faire du rock intense, nerveux et sans guitares électriques. En montrant que l’on peut faire de vraies ballades (Black, Oceans) sans jamais faire dans le racolage de minette ou dans la guimauve.

Il faut dire qu’en 1992, les musiciens de Pearl Jam ne sont plus des débutants. Stone Gossard (guitare rythmique) et Jeff Ament (basse), les principaux compositeurs du groupe, ont déjà roulés leur bosse chez Green River, puis chez Mother Love Bone et enfin avec le reste du groupe et Soundgarden le temps de l’album Temple of the Dog (en hommage à Andrew Wood de Mother Love Bone, décédé d’une overdose). Mike McCready (lead guitar) est un jeune prodige qui n’a pas grand-chose à envier à ses idoles Neil Young ou Jimmy Page. Eddie Vedder a 26 ans et possède une voix extraordinaire. Le groupe a l’insolence de la jeunesse, et la maîtrise des plus grands. Il faut voir la vidéo du concert (disponible sur ce lien) pour prendre la pleine mesure du talent de Pearl Jam. Il faut voir Eddie Vedder étrangler son micro en poussant des rugissements invraisemblables. Mike McCready qui joue le légendaire solo d’Alive en regardant ailleurs comme si de rien n’était. Ces moments uniques où l’on voit le public assis headbanguer comme un seul homme au rythme des accords déchaînés de Porch ou de State Of Love Trust, et de son refrain extraordinaire. Car débarrassées de la production un peu datée de Ten, les chansons de Pearl Jam ne sont que plus belles (si, c’est possible). Les mélodies sont lumineuses, héroïques, portées par l’organe habité de Vedder. La basse de Jeff Ament, peu mise en valeur en studio, sonne plus chaude et ronde que jamais. Mis à nu en acoustique, le jeu de double guitare de McCready et Gossard ressort grandi. La paire a retenu la leçon du maître spirituel Neil Young ; composer des chansons qui se jouent aussi bien au coin du feu seul à la guitare acoustique, que sur scène avec les potards à 11. Le concert se termine d’ailleurs sur une reprise de Rockin’ In The Free World, un des tubes du Loner, qui est connu pour être joué dans deux versions, une acoustique et une électrique. Le hasard n’existe pas.

Seul ombre au tableau, la stupidité de la chaîne MTV qui n’a pas filmé certains passages, et celle des maisons de disques, qui n’ont jamais sorti officiellement ce concert en disque. Un fait incompréhensible au vu de la qualité irréprochable du son et l’interprétation (je sais, je sais, je radote, j’abuse des superlatifs, mais une telle intensité, c’est tout de même inouï). Cet Unplugged est aussi un pont jeté entre les différents groupes grunge. En voyant la performance Kurt Cobain cesse de critiquer violemment Pearl Jam, 2 ans plus tard il se livrera lui aussi à cet exercice. En 1996 c’est Alice In Chains qui revisitera son répertoire sous les caméras de MTV. Et à chaque fois, c’est exceptionnel.



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Tracklisting :
 
1. Oceans
2. State of Love and Trust
3. Alive
4. Black
5. Jeremy
6. Porch
7. Even Flow
8. Rockin’ In The Free World
 
Durée totale : 50’38"

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