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Modern Times

Modern Times

Bob Dylan

par Milner le 25 septembre 2007

4

paru le 29 août 2006 (Columbia Records)

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Depuis qu’il joue de la musique, la démarche de Bob Dylan n’a, aussi paradoxal que cela puisse paraître, jamais changé. Du temps de Another Side Of Bob Dylan en passant par des disques comme New Morning, Self Portrait, Planet Waves ou Slow Train Coming, sa production suit une constante oscillation entre un systématisme exacerbé quelque peu gênant et un besoin de se régénérer en fin de compte plus salvateur que casse-gueule. L’ex-barde folk a traversé les années deux mille comme il avait parcouru les années soixante-dix : en virtuose prodigue et flegmatique. Quand est sorti l’album Time Out Of Mind en 1997, le chœur des critiques prétendit à l’unanimité avoir vanté l’artiste des années durant. Il n’en était évidemment rien, les ventes de disques en témoignaient et sa relative traversée du désert de la fin des années 80 a ressurgi dans les consciences comme si les gens avaient honte tout d’un coup d’avoir si longtemps ignoré un mythe aussi vivant. Et puis arrive au beau milieu de la décennie ce Modern Times qui est son trente-quatrième album studio.

Avec ce disque, il n’a pas tenté de refaire un tube, il n’a pas cherché à « se » révolutionner, il a seulement voulu aller jusqu’au bout d’une idée qui, il y a quelques années, a installé de nouveau sa renommée. La personnalité de Dylan est un amalgame étrange d’humour (le titre de la pochette et le contenu « roots » des dix pistes de l’album), de tendresse, d’humilité, de bizarrerie et de colère. C’est de cette façon qu’elle apparaît sur cette galette et elle est d’autant plus déterminante que le chanteur n’a pas toujours été épaulé par des musiciens dignes de lui depuis la fin des années quatre-vingt. L’émulation qui s’opère dans un groupe est un bien plus précieux que la technique offerte par tous les requins de studio du monde entier. Et indifférent aux modes comme au temps qui passe, l’homme préfèrera s’en retourner aux traditions musicales de son continent, celles qui ont déferlé ensuite à la face du monde en se nourrissant souvent d’eux-mêmes. Tous les styles chéris par M. Zimmerman sont présents sur Modern Times, que ce soit la ballade crooner (Spirit On The Water), le blues le plus dansant (Thunder On The Mountain) à l’épique Ain’t Talkin’ ; répéter avec le groupe pendant de longues heures, connaître à la perfection les chansons et les balancer ensuite sur le 8-pistes, dans un souci de s’en débarrasser et de les proposer aux communs des mortels.

Sa poésie demeure, son art de trousser les chansons également, bref tout est bon, il n’y a rien à jeter ? En fait, tout dépend de quel partie du public l’auditeur se sentira le plus proche. À l’exception des fans invétérés, il y a ceux qui n’attendent plus rien de Dylan depuis que les gonfleurs de tendance s’en sont allés vers d’autres paysages et futurs du rock et qui vont se demander ce qu’il y a de si novateur et réjouissant à monter sur scène avec un groupe de ragtime et de proposer des chansons mollassonnes pendant trois heures durant. Et c’est parfois un peu vrai (Workingman’s Blues #2). Néanmoins, le Zimm’ a plus qu’évolué : il est monté en flèche et il est bon de constater que l’évolution de sa popularité a rigoureusement suivi les progrès artistiques purs valorisés ici avec précision.

L’album est animé d’un élan, d’une direction qui fit défaut à beaucoup de ses prédécesseurs. Apaisé, soigné comme pour mieux affronter la mort, cette faucheuse qui en a fait le dernier représentant vivant de la Beat Generation. Mais l’homme se gausse de toutes ces considérations stylistiques. D’ailleurs, il s’est bien moqué de son auditoire en proposant un titre rétro-futuriste, un pseudo-hommage sur le titre inaugural à une diva de l’époque (Alicia Keys), quelques reprises non créditées de standards du rock et du blues et une production une nouvelle fois confiée à un certain Jack Frost (Dylan en personne). Le message de l’album est clair : « s’éloigner de soi-même pour mieux pénétrer ce que l’on est ». Dylan, un compositeur sérieux (enfin, presque).



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Tracklisting :
 
1- Thunder On The Mountain (5’53")
2- Spirit On The Water (7’40")
3- Rollin’ And Tumblin’ (6’01")
4- When The Deal Goes Down (5’04")
5- Someday Baby (4’55")
6- Workingman’s Blues #2 (6’07")
7- Beyond The Horizon (5’34")
8- Nettie Moore (6’52")
9- The Levee’s Gonna Break (5’43")
10- Ain’t Talkin’ (8’47")
 
Durée totale : 62’48"