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Nirvana, la véritable histoire

Nirvana, la véritable histoire

Everett True

par Parano le 22 juillet 2008

3

Paru en juin 2008 (Camion Blanc)

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C’est l’été, il pleut, il n’y a rien au ciné, on reparle de Offspring, et les amateurs de rock s’emmerdent. Heureusement, Camion blanc est là. L’éditeur qui « véhicule le rock » (ha ha ha) a pensé aux longues heures de cuissons sur le sable, entre deux cailles suédoises et une dinde poitevine, aux embouteillages sur l’A7, entre un gros cul espagnol et un carrosse hollandais, ou même aux nantis de la plage de St Quentin dans l’Aisne. C’est sympa, mais quand même, on s’interroge : Un nouveau bouquin sur Nirvana (le 3ème chez Camion blanc), est-ce bien raisonnable ? Que reste-t-il à découvrir, d’une histoire picorée jusqu’à l’os par une escadrille de journalistes affamés ? Quoi de neuf sur les problèmes d’estomac de Cobain, la grande gueule de sa veuve (joyeuse), ou la baston du concert de Dallas en 1991 ? Et puis d’abord c’est qui Everett True ? Un pote à Courtney Love ?

Procédons par ordre. On me dit dans l’oreillette qu’Everett True est LE journaliste ultra légitime du clan Kurtney (Kurt + Courtney pour les nuls en math). Le type qui a débarqué d’Angleterre en 1989 pour s’intéresser à Sub Pop, alors que le label signait des chèques en bois, et jouait sa survie avec Mudhoney. Le type qui a vomi son whisky sur les pompes de Cobain, qui montait sur scène avec Nirvana pour gueuler dans le micro, qui a voulu se faire Courtney Love. Le type qui a vendu le grunge au monde entier, dans les colonnes du (regretté) Melody Maker. Tiens, le mec qui pousse le fauteuil roulant de Kurt sur la scène de Reading en 1992, c’est encore lui ! Incontournable, on vous dit.

Donc, Everett True a des trucs à dire. Une histoire à raconter. Son bouquin s’intitule très justement « Nirvana, The True Story », c’est-à-dire Nirvana, l’histoire selon Everett True (True = vrai en anglais, bande de nazes). Nous voila prévenu, poil au tutu. L’ami Everett racontera l’épopée grunge telle qu’il l’a vécue (à fond), et son récit est un bras d’honneur à ceux qui croient encore à l’objectivité du journalisme. Du coup, le titre en français est vaguement mensonger, et tristement racoleur.

Côté contenu, le bouquin est aussi touffu que la barbe de Corbier, mais un poil plus intéressant. Le récit part dans tous les sens, et s’attarde volontiers sur les circonstances du succès, les figures emblématiques du grunge, ou les souvenirs (opiacés, comateux, parfois lumineux) des uns et des autres. Au final, on ne parle pas tant que ça de Nirvana, ouf, et on évite la litanie habituelle sur la carrière de Cobain. C’est suffisant pour faire des 683 pages du livre un pavé digeste, à condition de faire une sieste entres chaque chapitres. La parole d’Everett True est vigoureuse, confuse, parfois complaisante, et globalement savoureuse. Contrairement à ses prédécesseurs, il ne prétend pas graver son récit dans le marbre, et ça, c’est quand même très respectable. Le sculpteur Azerrad avait taillé le mythe sur mesure (Come As You Are, la biographie officielle parue en 1993), Charles R. Cross avait démoli la statue Cobain au marteau piqueur dans Heavier Than Heaven (2002). Everett True clos la trilogie en réhabilitant l’homme et en dégonflant la baudruche grunge. Merci Everett, on te paye une bière ?

Reste à dénoncer la traduction calamiteuse d’Yves Balandret, qui a visiblement refilé le boulot à un collégien germanophone. Yves, ta mère a honte de toi !



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