Concerts
Pigalle

Clermont de l’Oise (Salle A. Pommery)

Pigalle

Le 17 mai 2008

par Frédéric Rieunier le 3 juin 2008

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Sur la scène de la salle Pommery de Clermont de l’Oise trône un drôle de porte-manteau circulaire. Aucun vêtement ne pend pourtant à ses branches. À la place, les spectateurs les plus ponctuels peuvent admirer une pléthore d’instruments des plus bigarrés. Flûte traversière, clarinette, violons divers, ukulélés... le paradis des luthiers semble avoir atterri dans le sud de la Picardie, où se tient la treizième édition des Zicophonies. En haut de l’affiche cette année, faites place : Pigalle !

Vingt-cinq ans après sa fondation par le multi-instrumentiste François Hadji-Lazaro, le groupe a décidé de se reformer à l’automne 2007. Et de faire un passage par la patrie de Jean Calvin, Jules Verne et Sébastien Cauet une fois le printemps venu. Dans la salle, des crêtes de jeunes coqs côtoient des crânes dégarnis. « Ah, les jeunes ! Ils connaissent Les Garçons Bouchers, mais quand tu leur dis Pigalle... », déplore un quadragénaire au premier rang. Un de ses aînés détonne un peu plus loin de par sa chevelure blanche partiellement teinte en violet, en harmonie avec la lumière des projecteurs.

Après quelques minutes d’attente, les notes gentiment mélancoliques d’un orgue de Barbarie sortent des enceintes. Les fans reconnaissent l’introduction habituelle du groupe en concert : la version instrumentale de Dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs. François Hadji-Lazaro et ses sbires entrent sur scène avant la fin du titre et prennent à peine le temps de s’installer pour enchaîner sur leur très entraînant (et tout aussi instrumental) hommage à La goutte d’or. L’ambiance est installée.

Le chanteur annonce la chanson suivante en expliquant qu’elle parle d’une très vieille dame. Débute ainsi Madame Louise, elle est exquise, issue du dernier album de Pigalle, Neuf et Occasion, et narrant les aventures érotiques d’une nonagénaire et d’un ours polaire, au cours desquelles on peut entendre, sur le disque, la voix d’Emily Loizeau. « Ainsi fond, fond, fond, la banquise, la banquise ! » L’humour semble être une seconde nature chez François Hadji-Lazaro, qui a décroché une vielle à roue de son promontoire pour l’occasion. Pour le morceau suivant, il passe au violon. Guitare sèche et basse se conjuguent pour faire entendre l’introduction de Marie la rouquine, portrait d’une fille de joie partie jadis de Bretagne pour le pays minier de Lorraine. Avec l’allure de l’artisan sûr de son geste, le musicien mène le bal sans faillir. Seul un air quelque peu routinier fait ressentir parfois un soupçon de tristesse au spectateur. Mais les talents de conteur de l’interprète compense au centuple ce petit désagrément.

« On s’appelle Pigalle parce qu’on répétait dans le quartier à l’époque où on cherchait un nom de groupe. J’y ai vécu, c’était pas encore trop récupéré. » La chanson qui s’ensuit, reprise d’un morceau de Georges Ulmer écrit en 1944, porte logiquement le nom de la célèbre place. Après avoir joué de la flûte traversière sur ce titre culte, François Hadji-Lazaro passe au banjo (qu’il prend quelques instants à accorder) pour un autre morceau du dernier album du groupe : Dors petit bled. S’ensuivent Les Lettres de l’autoroute sur lesquelles le public se défoule avec plaisir. Après quelques mesures, le groupe envoie les décibels. Le pogo est lâché.

C’est ensuite au tour de Betty de venir danser sur les lèvres du chanteur. Puis, de sa voix rauque, il prend les spectateurs par la main pour une balade dans la France des prolos. Certains diraient la France d’en bas. En bas, en haut, c’est en haut que la portent les cordes vocales de François Hadji-Lazaro, appuyées par un rythme effréné, tenu par un batteur pourtant impassible et un guitariste inexpressif malgré ses impressionnants solos. Le morceau suivant est un jeunot. Ecrit un an auparavant, il prend la forme d’une excuse à l’immigré que l’Etat a renvoyé aux portes de l’Hexagone, même quand (comme Rachid, inspirateur du texte) « il avait un vrai boulot, il faisait chier personne, il était toujours réglo ».

« Sujet général », annonce ensuite François Hadji-Lazaro. « C’est pas moi : je veux bien être un sempiternel blaireau mais pas un Eternel Salaud  ! » Une séquence nostalgie prend le relais. Souvenir du bon vieux temps où Pigalle jouait dans les petits bars aux côtés des Wampas, de la Mano Negra et de Parabellum, le groupe fait souffler dans les oreilles une bouffée de guinguette venue tout droit de Chez Rascal et Ronan. Le virtuose prend une cornemuse pour rendre hommage au héros de son enfance à travers un air semblant être le cousin du générique de Goldorak : L’Eboueur, avant d’empoigner un ukulélé le temps d’évoquer avec tristesse mais justesse Le Chaland.

Quelques morceaux plus tard, la joie de vivre est belle et bien revenue lorsque la formation avoue son envie de Rejouer juste une fois à la récré avec les potes. Deux grands gamins de quarante et quelques années chahutent dans la fosse en chantant en chœur. Sans ironie, on se dit que c’est toujours beau une amitié qui naît. Une larme monte même aux yeux de votre serviteur lorsque l’un d’entre eux, par mégarde, lui écrase le pied en sautant.

Avec classe, Pigalle continue de flatter les penchants nostalgiques de son public par l’intermédiaire de la belle Sophie de Nantes. Le spleen n’est au rendez-vous que dans les paroles quand, un peu plus tard, le groupe entame La Patate – titre dont on attend toujours qu’il soit rendu obligatoire au réveil et reconnu en tant qu’antidépresseur dépourvu d’effets secondaires notables (excepté peut-être une tendance à vouloir jouer du banjo), tant sa joie de vivre musicale est palpable.

Premier départ après cet éclat de bonne humeur. Mais Pigalle revient pour un rappel et interprète un titre mordant et ironique des Garçons Bouchers : Les Vieux à la poubelle. L’orgue de Barbarie fait son retour lors de la version complète de Dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs. Après un deuxième rappel, le combo remonte sur scène. Chaque musicien prend alors un ukulélé et livre une version peu commune de Sophie de Nantes. Dans le public, quelqu’un chante (faux) les paroles. Il y met tout son cœur. On lui pardonne.



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Set-list :
 
Dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs (instrumentale)
La goutte d’or
Madame Louise, elle est exquise
Marie la rouquine
Pigalle
Dors petit bled
Les Lettres de l’autoroute
Betty
En bas, en haut
Sens comme le temps il est lourd
Eternel Salaud
Chez Rascal et Ronan
L’éboueur
Le Chaland
L’Amour forain
Interlude
Il boit du café
Vendredi 13
 
Elle glisse
Rejouer juste une fois à la récré avec les potes
N’oublie pas
Sophie de Nantes
Le Dézingueur
Brève rencontre
Patate
 
Rappels
Les vieux à la poubelle (Les Garçons Bouchers)
Dans la salle du bar tabac de la rue des Martyrs
Sophie de Nantes (au ukulélé)