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Rage Against The Machine - Ennemis Publics

Rage Against The Machine - Ennemis Publics

Brice Tollemer

par Emmanuel Chirache le 17 mars 2009

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Paru en janvier 2009 (Camion blanc)

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Il n’y a pas qu’à Rock&Folk qu’on pratique le copinage intensif... A Inside Rock aussi, nous aimons piétiner la déontologie à talons de Converse en promouvant le travail de nos collaborateurs et amis. En l’occurrence notre estimé confrère Brice Tollemer, auteur d’une excellente biographie sur Rage Against The Machine. Hé oui, il faut se rendre à l’évidence : nous autres critiques rock sommes de gros pourris qui nous entraidons (au fait, regardez un peu les pages de certains magazines musicaux et comparez les encarts publicitaires des labels avec les disques chroniqués, ça peut réserver des surprises). Bref, tout ça n’est pas forcément bien grave, surtout tant qu’on peut parler de musique librement.

Les Rage Against The Machine connaissent eux aussi cette ambiguïté qui relie le business et l’art en permanence, pour l’avoir expérimentée plusieurs années. Dans sa biographie, Brice Tollemer insiste bien sur les difficultés du groupe à se situer face au problème. Même si les Rage ont toujours conservé leur liberté artistique et d’expression, ils ont néanmoins récupéré dans un réflexe léniniste les armes du capitalisme pour mieux l’attaquer. Clips, diffusions radio, programmes télé, t-shirts, major. Des tensions apparaîtront malgré tout, mais elles porteront d’abord sur la musique, entre d’un côté un Tom Morello adepte d’une formule bien huilée, fan du couple Black Sabbath-Led Zeppelin, et un Zack de la Rocha de l’autre, avide d’évolution, amateur d’Afrika Bambataa et du MC5. Ce n’est pas la politique mais bien l’art qui au final dissoudra le groupe.

Rédigée à partir d’un matériau hétéroclite, dense et complet (interviews, ouvrages en anglais, articles), l’étude s’attarde aussi sur le contexte historique et musical des années 90. C’est sans doute là sa plus grande force. Loin de se cantonner à la vie des quatre membres, Brice Tollemer nous replonge dans cette décennie que nous avons, comme c’est souvent le cas, remisée au placard aussitôt que la nouvelle s’est présentée à nous, innocente et fraîche. Contexte politique bien sûr (guerre du Golfe, présidence de Clinton, etc.), mais aussi artistique. Les années 90, contrairement à ce que semblent croire certains, ne sont pas celles d’un rock poussif et nul auquel les années 2000 auraient mis un terme salvateur... Ces années-là, l’auteur du livre les a vécues. Il peut donc nous en parler avec la passion qui donne au récit ses couleurs, et la connaissance du sujet, qui lui confère un surplus de profondeur.

Au début de la décennie donc, RATM fait partie de ces formations qui vont impulser au rock une nouvelle dynamique, avec Nirvana, Red Hot Chili Peppers, Nine Inch Nails, Soundgarden, Pearl Jam, Tool et bien d’autres. A l’époque, le rock parvenait encore à marier invention, efficacité et réussite commerciale. Pas de circonvolutions expérimentales ici, juste un vent nouveau qui souffle dans les voiles de la musique populaire et adolescente. Cette petite brise qui n’aura qu’un temps, le livre en saisit bien le parfum et la direction, nous en dévoile justement les manifestations et les conséquences. En revanche, seul bémol à émettre : l’auteur s’égare un peu lorsqu’il s’agit d’évoquer les engagements politiques du groupe. Son empathie pour les causes défendues par les Rage peut donner lieu ici ou là à des envolées subjectives qui sortent du cadre habituel de ce genre de travail (encore que ce jugement est dû à ma conception personnelle de l’approche biographique). Pour l’essentiel, cet Ennemis Publics passe admirablement au scalpel la vie d’un groupe phare de notre époque, l’un des derniers à avoir secoué autant la société que le rock.



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