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Rock en Seine jour 3

Rock en Seine jour 3

Le 29 août 2010

par Duffman le 31 août 2010

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Cette dernière journée, plutôt que des découvertes fracassantes, aura surtout révélé les problèmes d’organisation du Festival parisien, assez gênant pour le public nombreux venu profiter de sa programmation éclectique pour une somme peu modique. En gros, c’est ce qu’on pouvait appeler une journée de merde, mais pour des considérations pas forcément musicales.

Dès l’arrivée sur le site, c’est le bordel, avec une file d’attente hallucinante pour les gens munis de pass 1 jour. Ce qui a pour effet de me faire rater les Black Angels et surtout une bonne partie du set de Eels, qui avait pourtant l’air d’être l’un des plus sympathiques de la journée. La fin du concert se laisse pourtant bien apprécier, avec un E menant sa troupe avec une folie douce communicative, le tout dans une ambiance assez proche de celle d’un Beck. Le groupe revisite alors la pop au sens large, une reprise de Summertime plutôt classe, un Souljacker Part 1 au riff très Lust for Life et même Mr. E’s Beautiful Blues joué avec les accords de Twist and Shout, chœurs inclus. C’est exécuté avec une nonchalance presque flippante, surtout lorsque E hurle dans son micro comme un dératé. Ce qui ne nous fera pas oublier l’émotion qui peut poindre lorsque le chanteur fait parler sa très belle voix sur les morceaux plus calmes. Bien qu’écourté, Eels offre un des bons moments de la journée sous ce ciel grisâtre.

Toujours sur la grande scène, Beirut, groupe américain à grosse côte chez les lycéens et autres étudiants, attirés par les promesses d’un équivalent pop-rock à Goran Bregović. Un truc potentiellement horrible donc. Or, dans ses meilleurs moments, le groupe fait penser à un Calexico au regard tourné vers l’Europe. Le reste du temps, c’est Yann Tiersen qui plane au-dessus et c’est surtout un répertoire limité qui se fait entendre, au point de ne pas vraiment pouvoir distinguer les morceaux qui contiennent tous les mêmes riffs d’accordéons et roulements de batteries. Pire, Zach Condon fait péter le ukulélé, soit l’instrument de torture musicale numéro 1 depuis quelques années (taper « ukulélé » sur Youtube est à vos risques et périls). On reste tout de même devant jusqu’au bout, parce qu’on est sympa, et parce qu’il n’y a rien d’autres ailleurs.

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© Sylvain Golvet

Tellement rien d’autres qu’on reste même devant les Ting Tings. Mais si, vous savez, le duo anglais qui a cartonné en 2008 en pompant Last Night a DJ Saved My Life avec leur single Shut Up And Let Me Go. Mais à l’instar de LCD Soundsystem la veille, c’est en amenant une bonne part d’énergie live à une formule plutôt taillée pour les clubs que les deux zigotos arrivent à faire remuer la foule sans trop de peine et sans vraiment démériter. Bon, en moins bien que la bande à James Murphy tout de même. C’est probablement inécoutable sur disque, ici ça passe sans trop de problème et ça nous ferait presque oublier les goûts vestimentaires et capillaires douteux du duo, au point d’avoir l’impression de se retrouver devant David Guetta et sa « charmante » femme.

Un rendez-vous autrement plus important se tramait ensuite sur la scène de la cascade : la reformation de Roxy Music. Un choix de programmation assez étrange de la part du Festival, pour un événement plutôt réservé habituellement aux salles cossues de la capitale. Ici, au milieu de jeunes groupes pour public qui l’est tout autant, cela aurait pu tourner au vinaigre. Pourtant la foule est bien là, et le groupe aussi, et à 9 même dont bien évidemment Brian Ferry. Autant vous le dire tout de suite, c’est en novice de Roxy Music que je découvre ce set un peu daté, mais dont on sent bien le potentiel fascinant du répertoire. En l’absence de Brian Eno, et sans réel enjeu discographique, le groupe semble tiraillé entre un son très 80’s (Ah le saxo et sa réverb’) et des choix musicaux radicaux, avec ses ambiances lourdes et des accords complexes et heurtés. Le tout dans une ambiance de grandiloquence décadente qui fait évidemment penser au collègue David Bowie. Un son pas mauvais et des lumières pas dégueulasses améliorent encore le tableau.

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The devil wuz here !
© Sylvain Golvet

Enfin, une journée mal commencée ne pouvait bien se terminer. Ce n’est pas si mal partie cela dit, et un groupe comme Arcade Fire, en forme qui plus est, pourrait faire mentir la sentence. Ce qu’ils font pendant ¾ d’heure de bonne tenue, entre vieux morceaux fougueusement exécutés (Laïka, Intervention) et nouveaux venus parmi les meilleurs et surtout plutôt recommandables en live (Ready To Start, The Suburbs). Même si les bourrasques de vent balaient quelques sons, on apprécie la voix angoissée et le phrasé imprévisible de Win Butler. Par contre on conseillera à Régine d’arrêter de faire joujou avec le micro, celle-ci chante en effet de plus en plus mal au fil des ans. Une belle lancée donc, mais fauchée en pleine ascension par une pluie de plus en plus battante, faisant sortir les bâches redoutées pour recouvrir le matériel du groupe. Ce que tout le monde redoutait arrive donc, Arcade Fire est obligé d’arrêter là, sous les sifflets des très nombreux parapluies. Beaux joueurs, la bande revient le temps d’un Wake Up acoustique, entonné avec le public rincé mais finalement peu rancunier. Et c’est un beau moment malgré tout.

Qu’un festival puisse ne pas gérer outre mesure les caprices des artistes ou les effets du vent sur un son finalement souvent médiocre, cela peut se comprendre. Mais que la pluie ne rentre pas dans les paramètres de l’installation de la grande scène, où la quasi-totalité des spectateurs va finir par converger, au point d’écourter le set du groupe ayant assuré une partie de son chiffre d’affaires, là ça commence à sentir l’arnaque. Ajouté à une programmation pas très cohérente et peu aventureuse (beaucoup de resucées d’éditions précédentes), Rock en Seine 2010 laisse une certaine fadeur dans les esprits, là où un Hellfest, certes dans un registre plus ciblé, semble faire l’unanimité chez tout le monde. Suis-je le seul à trouver cela inquiétant pour un festival qui se veut incontournable ?



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