Films, DVD
Rude Boy

Rude Boy

Jack Hazan et David Mingay

par Parano le 5 janvier 2010

4

paru en 1980 (133 minutes)

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Angleterre. 1980. Le XV de la rose réalise le grand Chelem au tournoi des 5 nations. La Rhodésie, ancienne colonie britannique, devient la république africaine du Zimbabwe. La dame de fer invente le blitz libéral, les Sex Pistols ne sont plus qu’un souvenir sanglant, et Benny Hill cartonne à la BBC. Angleterre. 1980. Deux techniciens de cinéma, Jack Hazan, et David Mingay, sortent Rude Boy, docu-fiction sur The Clash.

Curieusement, Rude Boy est un film de théâtre : théâtre d’un groupe rock, qui interprète son propre rôle. Théâtre de la rue, où le sous-prolétariat londonien se heurte aux bobbies, sur fond de misère sociale. N’oublions pas que tout cela se passe au pays de Shakespeare, le type qui a introduit l’obscénité et la fureur au théâtre, comme d’autres le feront, plus tard, pour le rock. Après un premier long métrage confidentiel, A Bigger Splash, sorti en 1974, Hazan & Mingay ont voulu montrer à l’Angleterre ce qu’elle refuse de voir : le chômage, le racisme, et la violence, à deux pas du palais royal, et de ses chimères. Pour autant, leur film n’est pas à proprement parler politique. Les deux réalisateurs ont clairement revendiqué leur volonté de faire de l’art. C’est sans doute ce qui explique leur intérêt pour The Clash, dont le leader militant Joe Strummer est un véritable poète. Ce regard esthétique posé sur une réalité saignante fait la force de Rude Boy.

Le film se présente comme une fiction : l’histoire de Ray, un paumé vaguement punk, qui quitte son job de vendeur dans un sex shop, et devient roadies des Clash. Le tout est prétexte à une série d’extraits de concert, de sessions studio, de bavardages politiques, et de scènes de rues, où les manifestants du national front croisent les dealers d’herbe, où la grisaille du pavé se fond avec celle du ciel. Comme les Clash, Ray incarne son propre rôle. Il est également co-scénariste, ce qui confère au film un réalisme non usurpé. Ray n’est pas un héros. Pas même un anti héros. A peine concerné par la politique, il pose un regard dégoûté sur son environnement, et cherche une issue à l’ennui. Il aime la musique des Clash, sa force libératrice, mais regrette l’engagement politique de Strummer. Il préfère les textes de Jones, lorsque celui-ci évoque sa ville natale, dans Lost In The Supermarket. Rien à foutre d’une White Riot. Son meilleur pote devient skinhead et raciste, mais Ray semble s’en accommoder. Cette ambiguïté crânement assumée, ce nihilisme pragmatique, font de Ray un véritable punk, loin de l’image d’Epinal véhiculée par l’industrie culturelle.

Et les Clash dans tout cela ? ils font leur boulot, ce qui ravira les fans : concerts impeccables, empreints d’une violence qu’on a du mal à imaginer aujourd’hui, tournées aventureuses dans l’Angleterre industrielle, et enregistrements à fleur de peau. Lorsque le cirque rock’n’roll s’efface, le groupe semble orphelin : Simonon tire à la carabine sur des pigeons, tandis que Strummer développe ses thèses marxistes devant une bière. Ces types bâtissent dans l’urgence, pour mieux fuir l’ennui, dans un fracas de guitares parfaitement maîtrisé, et les voilà propulsés working class heroes, groupe phare du mouvement punk. Drôle de malentendu. La musique des Clash tient davantage du rock des 50’s, métissé de reggae, que du minimalisme punk.

Reste la rage, qui imprègne chaque image de la pellicule, et colle à la peau des protagonistes. Rude Boy est une véritable réussite, qui séduira autant les sociologues cinéphiles que les amateurs de bon rock. Un film rare et précieux.



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