Films, DVD
Shine A Light

Shine A Light

Martin Scorsese

par Duffman le 14 avril 2008

4

sortie le 16 avril 2008.

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D’emblée, je coupe court à toute réclamation de votre part quant à une éventuelle surévaluation de ce film (concert ?). En fait, je tiens à signaler que je l’ai probablement vu dans des conditions idéales. Car pour pallier à l’absence en chair et en os du réalisateur et des interprètes à cette avant-première (alors que Joey Starr et Evelyne Bouix étaient là, eux !), l’Olympia avait trouvé un concept : le public était debout, dans la fosse, et a assisté à ce concert presque comme s’il y était. Et de fait, coincé entre de vieux fans des Stones, l’immersion est totale, jusqu’à avoir l’impression de vivre ce concert comme les privilégiés du public que l’on voit à l’écran (et rien qu’en lisant cette phrase, on se rend compte de l’étrange sentiment que procure le film). En tout cas, entre voir les Rolling Stones dans un stade géant de 100 000 places, perdu dans la fosse derrière un grand chevelu qui nous cache le seul écran géant disponible, et les écouter ce soir-là de 2006 au Bacon Theatre de New York [1] quand bien même par procuration, le choix est assez vite fait et justifie déjà en lui-même le visionnage de Shine A Light. Car oui, au cas où vous ne l’aviez pas encore compris, Shine A Light est un concert des Rolling Stones, de deux heures et 18 titres et filmé par Martin Scorsese alias « le meilleur réalisateur du monde en activité ».

Scorsese n’a pas pu s’en empêcher, il débute son film sur lui et fictionnalise la préparation un brin laborieuse de la captation. On y voit ainsi l’éternel stressé s’inquiéter pour tout et rien mais surtout pour la setlist mystérieuse puisque pas encore décidée par les quatre lascars à quelques minutes du concert. Pour un gars maniaque du contrôle, ça a le don de vous donner des sueurs froides. D’autant que c’est un projet important pour lui. C’est presque les Stones qui l’ont fait aimer le rock, lui qui en est un spécialiste et qui se fait un honneur de placer un de leur morceau dans la plupart de ses BO. Ce qui fera dire à Jagger que c’est l’un de ses rares films où l’on n’entend pas Gimme Shelter.

Le placement de caméra que Scorsese a pensé est exceptionnel, ça bouge tout le temps, pas de répit ni le temps de souffler dès que Keith Richards déroule le riff de Jumping Jack Flash et que Jagger déboule dans son dos pour se lancer dans deux heures d’ondulations de corps en tous genres. Plusieurs angles renforcent l’immersion, comme cette caméra derrière Charlie Watts ou les nombreuses autres qui traquent les visages burinés de Ron Wood et de ses compères. Plus pertinentes encore, certaines caméras sont placées dans le public et la simple vue de mains applaudissant au premier rang donne presque l’envie de faire de même. Sans compter le mixage dynamique, qui accentue les éléments qui apparaissent à l’image, comme là un solo de guitare de Richards, là un rugissement de sax de Bobby Keys ou même le clic d’un appareil photo passant au premier plan. Le plus perturbant reste les acclamations du public se diffusant dans la salle de cinéma, se mêlant au réaction de celle-ci et nous faisant nous interroger : est-on au cinéma ? à un concert ? doit-on applaudir alors que le groupe n’est pas vraiment là ? Vertigineux. Et puis deux ou trois plans nous font bien comprendre qu’on voit ici des choses que l’on ne verra jamais de nos yeux sans ce déballage technique, comme ce plan magnifique sur le visage immobile de Buddy Guy venu jouter avec le groupe sur un Champagne & Reefer de haute-volée, probablement un des sommets du spectacle.

Et donc le concert en lui-même, me direz-vous ? Et bien sûrement pas le pire mais probablement pas le meilleur des Anglais. Parce que bon, avec une telle carrière, qu’attendre de plus d’un groupe au succès planétaire et aux monumentales tournées que d’assurer un minimum de spectacle en tentant de ne pas massacrer ses classiques ? A ce jeu, ils s’en sortent quand même avec les honneurs et c’est toujours fascinant d’observer des sexagénaires se donner comme aux premières heures. Jagger y est dans une forme olympique, il bouge comme jamais, interpelle ses musiciens, entame un dialogue bien chaud avec sa choriste sur She Was Hot et se frotte lascivement à la pauvre Christina Aguilera. D’ailleurs, probablement échaudé par l’armée de blondasses au premier rang, le groupe se fendra de pas moins de quatre morceaux de l’album Some Girls, mais aussi d’une bonne poignée de titres d’Exile On Main St. Et Keith Richards alors ? Plutôt inégal en fait, parfois complètement à la ramasse, toujours capable d’un riff bien acéré au détour d’un autre raté. On voit bien qu’il peine à se lancer sur Start Me Up, sans compter les moments d’absence totale. Néanmoins, le bonhomme attire toujours autant la sympathie que l’admiration et sa bancale interprétation de You Got The Silver ne peut nous faire nier l’évidence : ce gars a la classe ! Et puis cinq minutes plus tard, il va ricaner comme un gamin de 10 ans, au grand dam de Jagger qui lui jette des regards assassins.

Faire d’un film dispensable sur le papier (filmer un concert des Stones et le sortir au cinéma en 2008 : What the fuck !) un truc aussi passionnant à voir n’est pas un des moindres mérites de son réalisateur. Au-delà du simple intérêt anthropologique d’observer un groupe qui semble éternellement jeune, le dynamisme apporté par la mise en scène permet à Shine A Light de reprendre une bonne dose de rock’n’roll, et même si la prestation s’essouffle un peu sur la fin, Scorsese a l’intelligence d’entrecouper les morceaux de quelques interviews vieilles et moins vieilles, toutes autant savoureuses, et c’est le sourire au lèvres qu’on quittera la salle. Les Stones sont grands ! Marty est grand ! Alléluia !



[1] En réalité le film regroupe des prestations étalées sur les deux soirs du 30 octobre 2006 et du 1er novembre 2006, en présence pour le second de Clinton et sa famille.

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Setlist :
 
1. Jumpin’ Jack Flash
2. Shattered
3. She Was Hot
4. All Down the Line
5. Loving Cup - avec Jack White III
6. As Tears Go By
7. Some Girls
8. Just My Imagination
9. Far Away Eyes
10. Champagne & Reefer - avec Buddy Guy
11. Tumbling Dice
12. You Got the Silver
13. Connection
14. Sympathy for the Devil
15. Live with Me - avec Christina Aguilera
16. Start Me Up
17. Brown Sugar
18. (I Can’t Get No) Satisfaction