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Stands For Decibels

Stands For Decibels

The dB’s

par Yuri-G le 6 juillet 2010

4,5

paru en janvier 1981 (Albion/I.R.S.)

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The dB’s, petit groupe de pop américain, sortent leur premier album en 1981. Ils débarquent à un instant particulier. New wave, post-punk, tout cela a déjà commencé. La musique de l’époque avance dans ces sillons et, à vue de nez, on choisit son camp. Votre son est pesant, froid et clinique : post-punk. Votre son est nerveux, pétillant et accrocheur : new wave. Bien sûr, tout n’est pas aussi propre, car plus d’un groupe ont les pieds dans les deux (XTC et leur Drums And Wires). Néanmoins, il y a un choix à faire, au sein duquel sont prioritaires les questions de textures, d’expérimentation et d’allure. Dans ce contexte, la pop song ultime, car c’est un genre en soi, est pour un temps délaissée. Mais certains continuent d’en rêver avec acharnement. The dB’s, en l’occurrence. Leur musique s’appuie sur des références devenues donc un brin surannées. Qui se soucie vraiment de la pop psychée des seventies en 1981 ? Qui veut en découdre avec les mélodies fulgurantes des Beatles, ou d’autres ? Une minorité. À l’instar des Soft Boys avec Underwater Moonlight, les dB’s vont tenter de vivifier des parcelles musicales alors en désuétude ; et miraculeusement, en collant à leur temps.

Stands For Decibels a été leur coup de maître. C’est un album vif, très vif. Peter Holsapple et Chris Stamey, deux songwriters pour le moins doués, y perfectionnaient un héritage power pop. Par power pop, il faut entendre ici compositions de haute voltige battues en brèche par une énergie, une morgue débordantes. Dans ces morceaux, tout est dit en 3 minutes (condition imposée pour atteindre la pop song ultime). Ce registre exige aussi une haute qualité mélodique : limpide, mais suffisamment singulière pour avoir l’impression qu’on ne pouvait l’écrire, la jouer autrement. Enfin, transperçante ; le chamboulement lorsqu’elle résonne doit être sans partage. Au regard de ces conditions, alors oui, The dB’s se définissaient comme de grands faiseurs de chansons. Dans un format étriqué, ils abattent plusieurs harmonies insolites, d’un éclat admirable. Leur secret tient dans ces mélodies ultra-élaborées, qui, au-delà de leur sophistication, sont toujours soumises à une évidence totale, supportées par une tension complète. Parfois dans la mélancolie, parfois dans l’ébouriffant, basse et guitare se tiennent serrées dans leurs motifs imparables. Ouvrir l’album avec Black And White reste la meilleure preuve de ce savoir-faire. Les accords et rythmique tressaillent à grand renfort de guitares virevoltantes, de sonorités carillonnantes, grâce auxquelles l’agilité de la mélodie fond sur l’auditeur. Black And White se place au rang de la chanson qui tue. Celle qui tire le meilleur du présent, tutoie d’un air modeste les hauteurs. Ça s’appelle, sonner fort. Mais aussi, sonner limpide. Sonner complexe. Plus loin, Bad Reputation tient aussi bien son rang. Refrain éternel, incroyablement construit, qui illumine par à coups.

Comme ça, un groupe expert dans l’art de secouer la fibre mélodique, c’est déjà bien. Il pourrait n’y avoir rien de plus, si ce n’était le contexte. 1981, rappelez-vous. The dB’s ne se contentaient pas de soigner leurs petites madeleines pop : ils les exposaient à l’humeur du jour. L’influence mordante de la new wave se fait sentir sur des morceaux qui, dans l’absolu, trempaient parfois dans une résine baroque issue des meilleurs groupes sixties (She’s Not Worried). Mais on perçoit toute l’actualité de l’époque dans les cassures de rythme, l’utilisation pointilleuse des synthétiseurs, la consistance volontiers serrée, le ton étranglé. Pas loin des B-52’s, par moment : tarabiscoté. Ce sont deux courants qui se rencontrent tout au long des douze titres, dans un strict mouvement de balancier. L’un mise sur la pure mélodie, l’autre sur l’étrange frénésie. Inconciliable ? On pourrait l’avancer pour expliquer le grand insuccès de Stands For Decibels. Refusant de choisir entre les deux, il fut ignoré. À croire que ses pop songs ultimes étaient, au final, sabordées par trop de bizarreries pour accéder à leur statut.



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Tracklisting :
 
1. Black And White (3’09")
2. Dynamite (2’36")
3. She’s Not Worried (3’05")
4. The Fight (2’55")
5. Espionage (2’39")
6. Tearjerkin’ (3’57")
7. Cycles Per Second (3’06")
8. Bad Reputation (3’12")
9. Big Brown Eyes (1’59")
10. I’m In Love (3’29")
11. Moving In Your Sleep (4’36")
12. Judy (2’52")
 
Durée totale : 37’27"