Portraits
Story Leonard Cohen, Part One

Story Leonard Cohen, Part One

par Vyvy le 3 juin 2008

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Leonard et Marianne

Côté artistique, l’ambiance est alors assez ambivalente. Cohen trouve en Grèce une lumière, une philosophie, qui lui fait dire que sous le soleil d’Hydra tout est plus pur et plus vrai, qu’on ne peut y mentir. Ses poèmes pourtant parlent peu d’Hydra, mais nombre de ses plus fameux travaux en sont sortis, comme ce Birds On A Wire inspiré des oiseaux se posant sur un tout nouveau fil électrique, en face de la fenêtre du bureau de Cohen. Mais la Grèce ne paie pas, et il retourne dès l’automne 1960 à Montréal, pour essayer de tirer profit de la prochaine sortie de The Spice Box of Earth au printemps suivant, et apprend en décembre que son éditeur refuse Beauty at Close Quarter : trop obscène, trop malsain, trop peut-être autobiographique en fait.

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Episode de la Baie des Cochons, 1961

Que fait alors Cohen ? Il se sent libre, bizarrement et sur un coup de tête, il s’en va à Cuba, laissant son éditeur finir la publication de son recueil. Nous sommes en 1961, soit deux ans à peine après la prise de pouvoir de Fidel Castro. Sur la piste de Lorca, qui chantait les mérites de Cuba dans les années 30, Cohen espère aussi y trouver sa guerre civile espagnole à lui. Il y trouvera une ville décrépite, un style guérillero et pas mal d’emmerdes, dans un esprit de fin du monde intriguant. Cuba change, mais certaines activités (bordel, casino,...) d’abords interdites rouvrent car leur fermeture cause trop de chômage. Cohen a dit un peu tout et n’importe quoi sur ses raisons d’aller à Cuba, son amour de la violence, son envie d’être à l’endroit où se passent les choses. Et d’une certaine manière il y sera, étant sur l’île au moment de l’épisode de la Baie des Cochons ; puis plus tard, lorsque l’envie de partir le prendra, il sera arrêté par de zélés gardes persuadés que son passeport est un faux, et que c’est un Cubain cherchant à s’enfuir. Mais l’histoire montrera une fois de plus que Cohen a un don pour la fuite, et profitant d’une agitation à l’aéroport, il prend la poudre d’escampette et s’envole sain et sauf, quelques poèmes dans l’escarcelle.

Alors, de mai à août, il va profiter du succès de son recueil de poésie, à la fois critique et public. Le jeune auteur est de plus en plus reconnu, ce qui lui permet de renouveler sa bourse - même si un peu allégée - du Canadian Council of Arts. Il participe à des lectures publiques, et arrive à amasser une petite somme, sous le regard réprobateur de sa communauté de Westmount. Mais Cohen n’a alors cure de Westmount et il retourne, enfin, en Grèce, à Marianne, neuf mois plus tard.

Ainsi va se dérouler leur vie. Ils sont jeunes, ils voyagent et se retrouvent. Cohen file au Canada quand la neige lui manque et son compte en banque se vide, y reste quelques mois, le temps d’amasser un peu plus de 1000 dollars, ce avec quoi il peut vivre un an à Hydra. Il rencontre à Athènes Allen Ginsberg, qu’il reconnaît d’une photo, l’alpague et l’invite à Hydra. Ils conduisent ensemble, d’Athènes à Oslo où Marianne retourne de temps en temps, et s’engueulent sur la bonne vitesse de conduite (elle veut aller vite, et lui se veut raisonnable). Elle crée autour de lui une atmosphère magique de contentement, de doré, d’idyllique courtois, la table garnie, l’enfant, la femme-muse autour duquel il tourne.



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Sources :
-* l’excellent site internet The Leonard Cohen Files
-* Gilles Tordjman, Leonard Cohen, Le Castor Astral, 2006.
-* Ira B. Nadel, Various Positions A Life of Leonard Cohen, University of Texas Press, réedition 2007 (Première édition 1996).