Portraits
Story Leonard Cohen, Part One

Story Leonard Cohen, Part One

par Vyvy le 3 juin 2008

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 La voix de sa génération ?

De l’autre côté de l’Atlantique, dans sa natale contrée, Cohen est en train de devenir de plus en plus célèbre, et bientôt on l’affublera de ce sobriquet gênant « porte parole de sa génération ». Il participe à plusieurs conférences avec Dudek, Layton et d’autres poètes canadiens phares. Il s’en sort plutôt bien, même si ce genre de choses l’ennuie, lui aussi, de plus en plus. Avec la sortie de Flowers for Hitler, il s’attire les foudres de la communauté juive ; poète juif parlant d’holocauste, de sexe et d’infidélité, il suscite un mélange d’admiration et de rejet qu’il cultive à foison. S’il faut choisir dit-il, entre le prêtre et le prophète, il sera prophète, et il annonce que la crise du judaïsme tient au fait qu’on a abandonné les prophètes-poètes au profit des rabbins et des commerçants. Il sera cette voix critique mais isolée, cette image d’homme reclus dont il ne s’est pas encore dépêtré l’y préfigurant presque.

De ce passage canadien de la fin 1963 à la fin 1964 vont ressortir deux événements importants, un tour des universités canadiennes avec Layton, Gotlieb et Birney, qui, filmé, va devenir le premier film sur Cohen, sorti en 1965 ; Ladies and Gentlemen… this is Leonard Cohen, et sa rencontre avec Suzanne Verdal, danseuse, épouse du sculpteur Armand Vaillancourt, dont il deviendra l’ami et non l’amant, et qui lui inspirera deux poèmes, puis une chanson.

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Cohen revient à McGill 1965

Pendant ce temps-là, la voix de sa génération de plus en plus reconnue reçoit des prix littéraires canadiens, ce qui lui renfloue des poches bien vides. Et, en même temps que sa vie personnelle part en lambeaux, il semblerait que son pays fasse de même. Cette période des années 60 voit une révolution silencieuse gagner en importance à Montréal et dans le tout Québec. Trop longtemps les francophones ont été opprimés, méprisés. La violence apparaît même par sursaut, avec le plastiquage en juillet 63 d’une statue de la reine Victoria, dans Montréal. Où se place Cohen, québécois anglophone, et juif, dans tout ça ? S’il parle des vertus de la confédération, il se pense québécois avant tout, et si le Québec décide de devenir indépendant, il y restera, à sa façon.

Cette façon de rester au Québec va l’emmener de nouveau à Hydra, où,

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Ecrivant Beautiful Losers

sous amphétamines et jeûnant (le jeûne, symbole de la maîtrise de ses appétits, étant bien aidé par la drogue, qui de fait, lui coupe l’appétit…) il passe trois heures puis douze, puis quinze, par jour à faire des recherches et à écrire son nouveau roman, Beautiful Losers, qui n’a pas encore ce titre, Cohen ayant pour l’instant envie de le nommer Plastic Birchbark. Le résultat est un des romans les plus expérimentaux des années 60 et est depuis un classique de la littérature canadienne. On y trouve sexe, philosophie, prières et Histoire. Les trois personnages plus ou moins réels, sont perdus dans un étrange triangle amoureux, fascinés par Kateri Tekawitha, la première sainte amérindienne, première Indienne qui, convertie, fit vœu de chasteté. Le texte change de forme et de point de vue constamment, et la sensualité souvent pornographique des pages fait scandale à sa sortie.

« Beautiful Loser is a love story, a psalm, a Black Mass, a monument, a satire, a prayer, a shriek, a road map through the wilderness, a joke, a tasteless affront, an hallucination, a bore, an irrelevant display of diseased virtuosity, a Jesuitical tract, an Orange sneer, a scatological Lutheran extravagance, in short a disagreable religious epic of incomparable beauty. » (« Beautiful Losers est une histoire d’amour, un psaume, une Messe Noire, un monument, une satire, une prière, un cri, une carte guidant à travers la Nature, une plaisanterie, un affront de mauvais goût, une hallucination, un ennui, une exhibition déplacée de vertue gangrenée, un tract jésuite, un ricanement orange, une extravagance luthérienne scatologique, bref une désagréable épopée religieuse d’une beauté incomparable. ») Leonard Cohen, 4ème de couverture de la première édition canadienne.

Ça y est, Cohen est une star (canadienne), et son dernier affront le rendant encore plus célèbre, on lui offre même d’animer une émission de TV. Mais voilà, l’émission ne se fera pas, et lui retournera sur Hydra, écrire encore un autre recueil de poésie, qui celui-ci ne fera pas de vagues. Parasites of Heaven regroupe des poèmes s’étalant jusqu’à 1957, mais Cohen a déjà la tête ailleurs. Il est célèbre, on le reconnaît même, preuve ultime, lorsqu’il promène sa gueule dans les rues de Montréal. Reconnu, connu, aimé, critiqué, faisant fureur auprès de ces dames, Cohen reste complètement fauché, a mal et marre de cette solitude insulaire. Il lui faut changer d’air et de métier, et voici qu’une nouvelle page de sa vie s’ouvre sans que la précédente se referme complètement. Nous sommes en 1966, et Leonard Cohen a 32 ans.

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Couverture de Beautiful Losers

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Sources :
-* l’excellent site internet The Leonard Cohen Files
-* Gilles Tordjman, Leonard Cohen, Le Castor Astral, 2006.
-* Ira B. Nadel, Various Positions A Life of Leonard Cohen, University of Texas Press, réedition 2007 (Première édition 1996).