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The Destroyed Room : B-Sides And Rarities

The Destroyed Room : B-Sides And Rarities

Sonic Youth

par Yuri-G le 10 mai 2010

1,5

paru le 12 décembre 2006 (Geffen)

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« ...et qu’il faut que tu regardes les choses en face, 2006 a été une triste année pour Sonic Youth. Tu seras d’accord, ils ont sorti un Rather Ripped assez tiède. Et la même année, juste après, ils décident de publier cette compilation de titres inédits et de faces-b. Non, je veux dire, l’exercice n’a rien d’étonnant, ils ont une longue carrière derrière eux, ils peuvent le faire, et j’étais même enthousiasmé à l’idée de découvrir des morceaux obscurs. Et puis dans ce genre de compilation, j’aime bien entrevoir, peut-être, d’autres directions abordées par le groupe. Ou alors, juste le plaisir de découvrir des morceaux jamais entendus, cinglants, un truc bien frontal. Le genre de morceaux qu’arrive à envoyer Sonic Youth, tu sais. Enfin, on ne peut pas les limiter à ça, d’ailleurs ça a toujours été le grand clivage, j’ai l’impression, entre ceux qui aiment la facette pop et les autres qui préfèrent les dérapages expérimentaux, en schématisant bien sûr, mais j’ai toujours eu cette petite préférence pour le Sonic Youth assez franc, qui arrive à allier dissonance et vrai impact mélodique, comme dans Sister, Daydream Nation et Dirty. Bien sûr, je n’ai jamais fui devant leurs prétentions abstraites, on est d’accord, c’est une composante essentielle de leur son, mais leurs projets parallèles du genre SYR ou autres m’ont toujours laissé froid, ça n’est pas mon truc. Mais passons.

Pour en revenir à The Destroyed Room, le disque sort mi-décembre, tu situes le genre de période déjà. En plus, il leur permet de clore leur contrat avec Geffen, tout ça a un peu une dimension mercantile, dès le départ légèrement désagréable. Bref, la compilation en elle-même ne brille pas par sa cohérence, mais ce n’est pas déterminant car au final, un sentiment de disparité est presque inévitable quand on se prête à ce jeu-là. Et précisément, il me semble qu’il y a un principe juste, à retenir quand on aborde un tel disque : peut importe que la chanson soit rare, elle doit être bonne avant tout. Pas grand-chose à redire là-dessus, tu en conviens. Donc, le disque débute par un long morceau no wave, Fire Engine Dream, plutôt indigeste, qui extorque un sentiment d’effroi même si on a la nette impression qu’il s’agit d’un trip de dix minutes assez forcé et maladroit, pas vraiment réussi. Les effets de guitares sont appuyés, lourds, bon je peux sans peine aller chercher Confusion Is Sex et oublier ça l’instant même. Après il y a Fauxhemians, presque aucun attrait, tu entends une no wave vaguement fluide appuyées sur des prétentions jazz, passons. Ah oui, Razor Blade, Kim Gordon à la lueur d’un feu de camp avec un blues tout brinquebalant, ça dure une minute, je ris jaune.

Oui, en fait voilà le grand problème de The Destroyed Room, au moins un tiers du disque est strictement inutile. Tu me diras que vient faire la notion d’utilité dans tout ça. Et là je te mets Campfire : regardons les choses en face, des bidouillages electro insignifiants comme ceux-là, ça n’apporte strictement rien. Ou Sonic Youth avait vraiment un vide à combler dans la tracklist, ou ils y décèlent un relief musical qui échappe au commun des mortels. Ou alors on peut se poser de vraies questions. Après, des titres comme Loop Cat reposent encore sur des variations atmosphériques infimes, quelques lignes de guitares intéressantes, genre cauchemar ouaté. Mais bon, on est en droit d’attendre mieux. Les meilleurs titres sont ceux où on est en terrain connu, Sonic Youth et son savoir-faire des traversées noisy percutantes et soignées, Kim’s Chords ou Beautiful Plateau, le meilleur titre de l’ensemble quand tu recherches l’émotion. Et The Diamond Sea - tu te rappelles, le final de Washing Machine - ici plus étendu, mais toujours d’une sauvagerie éthérée. Oui, dans l’ensemble c’est un peu maigre.

À bien y réfléchir, je pourrais concevoir que l’unique but de la compilation était d’être destinée aux purs fans du groupe, tendance abstraction bruitiste ou atmosphérique, mais même en prenant ça en considération, ça ne rattrape en rien sa faiblesse. Car tu ne peux pas t’extasier devant de tels morceaux juste sous prétexte qu’ils sont rares. C’est ridicule, oui. Le titre est mauvais, tu ne le publies pas. Je dois exagérer, mais en même temps comment veux-tu sérieusement avoir de l’estime pour cette compilation ? De l’estime, non même pas, juste du plaisir à l’écouter ? Il s’agit de Sonic Youth, et alors ? Je vais te remettre Razor Blade et Campfire. Seul un fan hardcore d’entière mauvaise foi peut y trouver une illumination. Et puis après tout, leur carrière ne fait que se... »



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Tracklisting :
 
1. Fire Engine Dream (10’22")
2. Fauxhemians (4’03")
3. Razor Blade (1’06")
4. Blink (5’27")
5. Campfire (2’18")
6. Loop Cat (5’39")
7. Kim’s Chords (6’01")
8. Beautiful Plateau (3’08")
9. Three-Part Sectional Love Seat (8’15")
10. Queen Anne Chair (4’36")
11. The Diamond Sea (25’49")
 
Durée totale : 76:57