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Their Satanic Majesties Request

Their Satanic Majesties Request

The Rolling Stones

par Dumbangel le 16 octobre 2007

paru le 8 décembre 1967 (Decca)

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Sorti fin 1967, soit près de six mois après le Sgt. Pepper’s des Beatles, Their Satanic Majesties Request reflète bien la confusion qui s’était emparée du groupe durant l’année passée. Brian, Keith, et Mick avait tous trois eu affaire à la justice pour leur goût avoué pour les substances illicites. Et leurs frasques menaçaient directement la carrière du groupe. Sans compter Andrew Loog Oldham, leur producteur, manager et mentor des débuts, qui n’allait pas tarder à les quitter. C’est dans cette situation chaotique, que les Stones se mettent en tête de pondre un album dans l’air du temps. Et l’air du temps, c’est le psychédélisme. Désirant explorer de nouveaux espaces sonores, Jagger demande à Glyn Johns « un tas de sonorités bizarres comme on en a jamais entendues jusque là ». Sans véritable direction, ni discipline de travail, c’est un groupe en roue libre qui se présente au studio, chacun venant quand il veut, et pour y proposer un peu tout et n’importe quoi. A un tel point qu’ils laisseront même Bill Wyman enregistrer l’une de ses compositions, In Another Land, en compagnie de Steve Marriot et de Nicky Hopkins aux chœurs.

À propos de l’album, le Record Mirror écrivait en décembre 1967 : « Their Satanic Majesties Request devrait être aux Rolling Stones ce que Sgt Pepper fut pour les Beatles. » Ce qui fut en partie vrai, en tout cas pour la pochette du disque signée Michael Cooper qui avait déjà participé à celle de Sgt Pepper. S’il avait pour celle-ci uniquement pris le cliché qui fera date (le concept de départ étant celui de Robert Fraser réalisé par Peter Blake), c’est à lui et lui seul que l’on doit la petite merveille qu’est la pochette de cet album des Stones.

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Le recto et le verso de la pochette

La session photo aura lieu entre le 13 et 14 septembre 1967, à Mount Vernom, New York, dans les studios Pictorial Productions. Là, Michael Cooper avait préparé le nécessaire pour faire la pochette et mis tout le groupe à contribution pour construire le décor. Tandis que l’un s’affairait à faire Saturne, l’autre en faisait les anneaux, pour vous donner une idée de la chose. Keith Richards se rappelle très bien de ce moment mémorable : « la chose dont je me souviens le plus à propos de Satanic Majesties, c’est l’élaboration de sa pochette. Nous avons été à New York avec Michael Cooper et avons rencontré ce gars japonais qui avait un appareil photo qui pouvait produire un effet 3-D. Nous avons construit le décor sous acide, avons traversé New York pour amasser fleurs et autres accessoires. Nous étions juste cinglés, et après que les Beatles eurent fait Sgt. Pepper’s, c’était un peu comme ’soyons même encore plus ridicule’ » Jagger s’en souvient également : « Je m’en rappellerai toujours. C’était comme être à l’école, vous savez, coller des bouts de papier colorés et d’autres trucs. C’était vraiment ridicule. Mais nous avons beaucoup apprécié ça. ». C’est ainsi que nos cinq Stones se retrouvent à poser dans un décor de pacotille, réalisé par eux même, digne d’une production cheap des Milles Et Une Nuits, aux milles et une couleurs chatoyantes.

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La partie 3-D de la pochette

Posé au centre, Jagger porte un magnifique chapeau de sorcière couvert d’un croissant lunaire jaune, sûrement en papier crépon du meilleur effet... Hum. Et tous sauf lui portent des vêtements bariolés puisés dans la garde-robe du studio, plus kitschs les uns que les autres. En même temps, ils étaient assortis au décor (nda : petit sourire en coin). Bon, allez, il est facile de se moquer du décor figurant sur les éditions ultérieures du disque, qui ne seront pas ré-imprimées avec l’effet 3-D, et qui du coup révéleront assez maladroitement celui-ci sous son jour le plus Ed Woodien. Mais il faut avouer que la pochette prend une toute autre ampleur sous son habillage 3-D. Ce fabuleux procédé aura coûté à Decca la bagatelle de 25 000 dollars au vu de la technologie novatrice employée pour l’époque. Soit beaucoup plus que celle des Beatles. L’effet contraire aurait été fort dommage donc. Car le résultat est vraiment saisissant et donne l’impression que l’image prend vie sous nos yeux et que les cinq Stones sortent de l’image. En fonction de l’angle de vue, Charlie, Keith, Brian et Bill tournent la tête tandis que Jagger, le regard mystérieux, les bras en croix ne vous lâche pas des yeux. Envoûtant, donc. À tel point que l’on pourrait passer des heures à la contempler. Une véritable œuvre d’art en soi.

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La pochette intérieure

Les Beatles avaient adressé un petit clin d’œil au Stones sur la pochette de Sgt. Pepper’s en habillant une poupée Shirley Temple d’un pull portant l’inscription « Welcome to the Rolling Stones », appartenant au fils de Michael Cooper. Les Stones leur rendront la pareille en incorporant les visages des quatre scarabées sur la pochette de leur album. Si on identifie assez clairement les visages de John et de Georges, ceux de Paul et de Ringo sont plus difficilement trouvables, d’autant plus sur les futures rééditions du disque en vinyle où ils disparaîtront du cadre après un recadrage malheureux. Pour parfaire le tout, l’album s’habille d’une très belle pochette dite « Gatefold », s’ouvrant en deux et laissant apparaître un collage assez psychédélique accompagné d’un labyrinthe dont il faut atteindre le malicieux « It’s here » trônant au centre de celui-ci. Ne cherchez pas à l’atteindre, la légende prétend que c’est impossible. En même temps, je n’ai jamais cherché à vérifier. Ce sera par contre Tony Meeviwiffen qui signera l’illustration du dos représentant les quatre éléments (l’eau, l’air, la terre et le feu). Pourquoi les quatre éléments ? Allez savoir pourquoi, une nouvelle idée saugrenue venue après une descente d’acide peut-être...

Au final, même s’il en ressort tout sauf un album des Stones, le résultat sera loin d’être si catastrophique que ça, et possède même un certain charme dont la pochette est loin d’être étrangère. L’accueil du disque par les critiques sera assez froid et les Stones tireront vite les conclusions de cette mascarade psychédélique, trop éloignée de leur véritable identité musicale pour finalement revenir à leurs racines blues avec le très réussi Beggars Banquet.

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La partie 3-D de la pochette originale La photo qui sera utiliser sur les éditions suivantes. Vous noterez que la (...)


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