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This Is Hardcore

This Is Hardcore

Pulp

par Oh ! Deborah le 25 novembre 2008

3,5

Paru le 31 mars 1998 (Island Records)

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Jarvis Cocker voulait sortir le grand jeu, les violons. Sérieux, professionnalisme, foutue maturité. Amour, gloire, beauté, This Is Hardcore. On en a déjà parlé avec cette pochette parée de couleurs criardes et de femmes exquises. Jarvis supporte mal l’après Different Class, le feux, les projecteurs. Mais personne ne l’a forcé à montrer son cul aux MTV Music Awards pour énerver Michael Jackson. Depuis, son nom en Angleterre est connu comme le fish and chips. Les médias ne savent pas qu’il avait eu une existence avant l’album qui bouleversa la brit-pop. Ils s’emparent de son image que Jarvis exhibe fièrement entre deux coupes de champagne. Here is the Hardcore life. Un film où Jarvis joue le rôle de sa vie, celui qu’il a mis du temps à construire lorsqu’il observait et jalousait ceux qui jouissent du glamour et des excès matériels.This is me on top of you and I can’t believe it took me this long. Et pourtant, le revers de la médaille.. Comment se réjouir de cette revanche ? Il ne peut plus se permettre de vivre dans une rue sinistre de Sheffield et au lieu d’assumer, il va fuir, puis finira, plusieurs années plus tard, en bobo blasé à Paris avec Charlotte Gainsbourg and co. Pouah ! Mais ça, c’est une autre histoire.

Pour l’heure, il va entreprendre, non sans problème, la réalisation de l’avant-dernier album de Pulp. Russell Senior, présent depuis 1985, quitte le groupe en janvier 1997. This Is Hardcore traduit les doutes et les divers sentiments occasionnés par cette période post-gloire, les rêves et les retours sur terre, la fête et la retraite, la jubilation et l’auto-critique, la vengeance mais aussi la manipulation médiatique dont Jarvis se sent victime, lui dont les vices premiers tendent à manipuler le bourgeois. L’écriture de This Is Hardcore est également caractérisée par le fait même qu’elle se veut cinégénique. Souvent, les textes miment les actions d’un tournage, la pochette fait part de références aux films noirs et dramatiques, et certaines plages tendent vers la lounge-music. A ce titre, on écouterait bien Seductive Barry en sirotant un whisky douze ans d’âge dans le bar d’un hôtel cossu.

L’album fera l’unanimité auprès des critiques. C’était il y a 10 ans, déjà. Il est certainement supérieur à un bon paquet d’albums sortis depuis mais il n’est certainement pas le chef d’œuvre dont tout le monde parlait. De toutes façons, Pulp n’a jamais sorti l’album parfait. Mais des chansons parfaites, oui . Beaucoup même. Trois chansons ici sont réellement géniales : The Fear, Dishes et This Is Hardcore. La première sert de grandiose et sombre introduction où se croisent guitare filiforme et piano romantique, laissant espérer un ensemble sophistiqué, élégant, cohérent. La deuxième est un slow que l’on croit exister qu’en rêve, avec un final vêtu de cordes et touché par le divin. Ses mots eux admettent ne pas l’atteindre, ils tendent vers les soupirs déchus des grands pardons, vers l’impuissance d’un homme, qu’il soit devenu une effigie publique ou non.

I’m not Jesus, though I have the same initials.
I am the man who stays home et does the dishes (…)
Oh I’m just a man, but I’m doing what I can to help you.
I’d like to make this water wine, but it’s impossible (…)
I’m not worried that I will never touch the stars ‘cos stars belong up in heaven and the Earth is where we are.

This Is Hardcore, elle, utilise des moyens inhabituels qui ornent la pop de Pulp pour la rendre plus noble : phases épiques, piano mélancolique, trompettes et cordes solennelles, menaçantes. Forcément, l’orchestre se marie facilement avec la voix d’un gentleman. Et forcément, elle fait de Pulp un groupe à respecter, et Jarvis de devenir LE songwriter patenté. Digne, et ambitieux.

Pourtant, le reste de l’album, s’il n’est pas mauvais, est bien loin de répondre au respect intangible et général englobant la sortie du disque. Et bien loin de correspondre franchement au concerto magistral annoncé. Finalement, Pulp continue à faire du Pulp. C’est à dire la pop la plus anglaise qui soit, des textes sur la vie et l’ordinaire, des mélodies simples mais tellement personnelles, identifiables en tant qu’interprétées par un magicien du traitement réaliste. Avec toujours, une sensibilité doublée d’une once de sentimentalisme tournant le fait quotidien ou la norme en une symbolique éternelle. Du Pulp. Et comme d’habitude, il en faut toujours une (de lovesong) : TV Movie, sa délicatesse, son refrain d’une naïveté sans équivalent. Derrière la gloire et les paillettes, il y a donc une âme qui subsiste.

L’importance de l’amour, du relationnel, de la sensualité mais aussi des questions bêtes, n’a pas diminué chez Jarvis. Il y va de ses leçons à propos des personnes âgées (la ballade Help The Aged), nous rappelant que eux aussi, un jour, ont bu, fumé et sniffé de la colle. Il aborde le thème de la repentance en arborant le rôle du père qui parle à sa progéniture (A Little Soul) ou se transforme en véritable Bowie (et pas des mauvais jours !) avec la power-pop et glam de Party Hard.

Pour revenir à ce qui fait défaut à ce précieux This Is Hardcore : Jarvis a clairement perdu l’inspiration phénoménale qui émanait de l’album précédent. A l’écoute des rébarbatifs I’m A man (refrain insupportable), Sylvia (un peu variétoche) et Glory Days, la flamme n’est plus (the tapers are over [1]). Ces chansons précisément, c’est du Pulp en moins bien, c’est des crescendos dégonflés, de l’énergie stérile, des mélodies illusoires. On passe des Glory Days à The Day After The Revolution, dernière plage de 15 minutes qui fait ses adieux. Oublions le prochain et dernier album officiel du groupe (We Love Life) qui simule l’happy end. Au lendemain de la révolution déclarée dans Different Class, Jarvis avait déjà signé la fin de Pulp :

I have waited and waited for this day to arrive.
The revolution was televised.
Now it’s over. Bye Bye.
Yeah we made it. Just by the skin of our teeth.
Perfection is over.
The Rave is over.
Sheffield is over.
The Fear is over.
Guilt is over.
Soho is over. (Please leave the building quietly).
Bergerac is over.
The hangover is over.
Men are over.
Women are over.
Cholesterol is over.
Tapers are over.
Breakdown is over.
Irony is over.
Bye Bye.
Bye Bye.


[1] les chandelles sont mortes

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Tracklisting :
 
1. The Fear (5’35")
2. Dishes (3’30")
3. Party Hard (4’00")
4. Help the Aged (4’28")
5. This Is Hardcore (6’25")
6. TV Movie (3’25")
7. A Little Soul (3’19")
8. I’m a Man (4’59")
9. Seductive Barry (8’31")
10. Sylvia (5’44")
11. Glory Days (4’55")
12. The Day After the Revolution (14’56")
 
Durée totale : 69’49"