Concerts
Thomas Fersen

Fnac Ternes (Showcase)

Thomas Fersen

Le 5 novembre 2008

par Vyvy le 11 novembre 2008

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Est-ce qu’un Showcase a droit à de cité dans cette auguste rubrique concerts ? Après tout, me disais-je en maugréant dans la queue de la Fnac Etoile mercredi dernier, c’est un peu court pour un concert. Et puis, tous les musiciens ne seront pas là, et notamment les deux québécois qui ont participé au (et pour Fred Fortin, réalisé le) dernier album de Thomas Fersen, prétexte de la tenue de ce showcase.

Moins qu’un concert ? Oui et non, me dirais-je en ressortant une heure et quelque plus tard. Différent, assurément, et quand bien mené, un showcase ne remplace pas un concert mais il se légitime complètement, comme un autre moyen pour l’artiste d’être au contact avec son (ou au moins une) audience.

Trêve de généralités absconses, il est temps de rentrer dans le vif du sujet, c’est-à-dire le grand Thomas, Fersen de son nom d’artiste, qui, occupant la mini-scène de la Fnac des Ternes, a fourni une prestation drôle et originale, ce qui ma foi est bien, voire top.

Pour l’avoir vu déjà deux fois sur scène, je me disais que je savais un peu à quoi m’attendre : le pattes d’eph’, les cheveux en vrac, un air dandyfié (chapeau melon, chemise jabot, ou, summum atteint sur la couverture du dernier disque, une robe), la gouaille, les quelques pas de gigue et une habile manière de tituber. Mais que nenni, ce Thomas là qui rentre en scène semble plus Thomas que Fersen, dégaine standard, barbe tranquille, jeans/t-shirt/pull, monsieur porte sa tenue de tous les jours, première différence, première manière de réduire la distance entre l’audience et soi.

L’audience justement ce soir-là (enfin, cette fin d’après-midi, il n’est alors que 17h30) est mélangée ; on voit quelques têtes blondes, quelques seniors, un mix de bobos et de curieux, pas vraiment la faune qui accueillera bientôt le Fersen en tenue des grands jours aux Folies Bergères (du 24 au 28 novembre) et dans sa tournée nationale.

Fersen parle, et c’est pour demander si l’on a des questions. Argh. Mmm. Oups. On apprend sur le tas que ce monsieur est de ceux qui aiment échanger avec l’audience, et l’audience n’est peut être pas- et votre humble servante au premier rang- à la hauteur ! On est timide dans la salle, on cherche vaguement, espérant que quelqu’un y aille, merde, nous on est là pour la musique.

Au vu de la faible réactivité de la salle, il prend les devants. Se craque des quelques notes sur son ukulélé, avant de partir sur une diatribe anti-ukulélé. Artiste à part entière, il se voit remisé dans les colonnes journalistiques au rôle, certes sympathique mais un peu réducteur, du chantre du ukulélé. Et Fersen de dire qu’à chaque fois qu’on le prend en photo pendant un concert, c’est pile quand il sort son ukulélé (hélas pour lui, il n’a pas quitté son ukulélé de la soirée, donc rebelote, photo avec ukulélé...) ! Il a essayé (lors du Pavillon des Fous) de s’en débarrasser, mais rien n’y fait, accro il avait alors enchaîné sur une tournée best-of ukulélé, qui allait donner en novembre 2007 son album sur les mêmes lignes. Il en reste que réduire les instrumentations de Fersen au simple mini 4 cordes serait ne pas lui faire honneur, et surtout mépriser le rôle majeur de Pierre Sangra, maître entre autres du banjo, et fidèle acolyte (si fidèle, apprend-on, qu’ils passèrent ensemble un réveillon du Nouvel An dans un bistrot grec à Montréal, c’est fou le genre d’anecdotes que l’on peut apprendre n’est-ce pas ?).

Quels morceaux joue-t-il ? Il ne peut pas tout jouer, car il n’y a pas de batterie sur scène, et il assure qu’une partie de son répertoire (Deux pieds, Jeanne de Poitiers…), sans batterie, ça sonne rien du tout. Alors il en profite pour nous jouer des chansons de son nouvel album, qui doit sa genèse à la fascination qu’exerce Germaine, loyale valise de son état, sur l’artiste déambulant. Germaine donc, Germaine et les douaniers, sont au centre de plusieurs chansons, deux figurants sur l’album et trois qui seront jouées. Son dernier essai sur les douanes, non fini, mal équilibré, permet à Fersen de démonter ses chansons, de les montrer non finies, non travaillées. Seul au ukulélé, laissant Pierre Sangra sourire en coin et le pianiste ne sachant quoi faire, il entame ainsi des chansons mort-nées, raconte que si certaines lui arrivent en une traite, bien d’autres demandent qu’il s’y replonge, et qu’il n’aime pas ça.

Mais, mais, que vois-je ? La salle s’engaillardit, et lui pose quelques questions. Sur son travail avec Jean-Baptiste Mondino, auteur de toutes ses pochettes d’album (sauf la première, signée Doisneau, ami de la famille). Sur Fred Fortin, son québécois chéri, qu’il cherche à promouvoir en France mais où on lui dit qu’on ne le comprendra pas. Et Fersen de se lancer à déclamer, amnésie ukulélesque oblige, un texte de Fortin tordu et tordant à souhait. On parle enfin de la notoriété de Thomas Fersen (ou plutôt de son absence) : pas demain la veille qu’il fera un Taratata, mais le bougre s’y est fait. Il poursuit sa route (c’est après tout son septième album), maugrée un coup contre le téléchargement qui lui assure encore moins que prévu un avenir pérenne, et a l’air de plutôt bien tenir le coup.

Au final du showcase on en sort plus réveillé, mais surtout plus curieux qu’en entrant. On veut aller voir les dernières productions scéniques et studio du monsieur, se plonger dans les œuvres des gens qu’il cite, se faire en somme une cure de Fersenite. Voilà ce que j’appelle un showcase réussi.



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