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Turn On The Bright Lights

Turn On The Bright Lights

Interpol

par Oh ! Deborah le 11 septembre 2007

4,5

paru en 2002 (Matador/Labels Records)

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Dans la mouvance flottante du quotidien nocturne qui supplie l’imprévu, Untitled éteint toutes les lumières.

Comme toujours dans cet album d’une noirceur adoucie, la rythmique opérée par la sublime alliance basse/batterie de Obstacle 1 serait presque aussi grande que ces deux guitares qui se répondent infiniment, par dégradés plus ou moins proches de la lueur qu’elles recherchent. À ce sujet, le single PDA tire la sonnette d’alarme tout juste modérée par sa régularité d’où s’échappent des déviances stridentes. Dissimulant sa détresse dans un tourbillon ellyptique, c’est un combat magnifique qui termine vers l’apaisement, aidé par un synthé discret, définitif. Tu es si mignonne lorsque tu es frustrée/sous sédatifs. Déjà à ce stade, on sait qu’un Brian Molko, celui qui avait eu la bonne idée d’écrire Without You I’m Nothing, allait se remémorer quelques souvenirs mais ne passerait plus les mêmes nuits qu’avant. Un autre groupe avait perpétué les mélodies dissonantes, trouvant le chaînon manquant entre efficacité et sensualité, mais surtout, possédant le truc indispensable pour jouer les martyrs crédibles : un romantisme honnête, juste et doué.

En 2002, New York revenait à grands pas. Et l’Angleterre était partie pour un long sommeil. Interpol sort alors le premier album le plus abouti depuis des années, le seul et unique véritable honneur fait au post-punk depuis cette date. Leur musique n’a rien à voir avec celle de Joy Division (le chant, peut-être). Ni le même son, ni les mêmes maux, elle crée son univers. Certes, un univers qu’on connaît bien : la mélancolie, toute en nuance. Ici, il sera question de relations sentimentales, du clivage homme/femme et des frontières amour/haine. Mais les temps ont changés, et ceux qui écoutent Interpol les mettent pratiquement au même niveau que Bloc Party voire Peaches, ou pire, Arab Strap. Chez les détracteurs, Turn On The Bright Lights n’est qu’un coup du revival, alors qu’il dégage tout ce que les autres n’ont pas : des sentiments. Mais aussi une identité, des harmonies extraordinaires et, un peu de sérieux, c’est vrai. Mais il était temps.

C’est ainsi que NYC, une des grandes préférées du public, se contente d’être un slow planant. Elle n’a pas les mélodies trépidantes de, au hasard, Stella was a Diver and she was Always Down, mais possède cette majesté propre au groupe, sûrement grâce à sa guitare chantant les sirènes de l’éternité. Stella, parlons d’elle. Elle était une plongeuse et restait toujours en bas. Dès les premières notes de cette guitare presque radiante, c’est toute une épopée à la beauté lunaire qui se met en place, et qui touche en plein coeur. Quand elle marche dans la rue, elle sait que les gens la regardent. Les façades des buildings sont juste des façades pour cacher les gens qui la regardent. Stella va alors plonger dans une bouche d’évacuation devenue un océan. Elle s’echappa. Elle habitera au fond. Et puis il y a Say Hello To The Angels, son break saillant et décousu. Le chanteur manque d’espace vital. Comme dans NYC, il veut changer de vie, de ville, se préserver et se protéger d’autrui. Cet album voit les idées sonores de son compositeur-guitariste (Daniel Kessler) et les impasses psychologiques de son parolier, esthète et littéraire (Paul Banks).

Et lorsque les compositions versent leurs jets d’humeurs claires-obscures dans l’horizon noir, on nous demande d’allumer la lumière.

Partout, les mélodies ruissèlent. Interpol n’est jamais grandiloquent ni totalement sombre. Il joue sur la luminosité. C’est l’absolu entre-deux. L’aurore ou le crépuscule. Avec une touche urbaine. Ces paroles qui parlent de New York et ce son en béton... La Police des Polices a vu juste. Elle a, à ce moment précis, toute la cohérence pour créer son identité de citadins solitaires impénétrables, dominant la scène d’un air glacial. Et puis il y a Carlos D, grand strict looké aux tendances germaniques, qu’on verrait bien en cinquième membre de Kraftwerk. Il manipule sa basse avec une classe toute-puissante, la faisant gronder, muer, rebondir et chanter. Notamment sur The New ou Obstacle 2. Un jeu remarquable, ensorcelant, qui prend le pas sur les guitares hautes en couleurs, puis carrément acerbes. On ne reviendra d’ailleurs pas sur la rythmique fluide et guidée sans cesse par des breaks, ponts et changements de thèmes touchés par le divin. L’architecture des instruments qui tour à tour se parlent entre eux, font des prouesses mélodiques, et donc, des frissons.

Interpol offre alors les images de mille et une nuits passées à regarder les étoiles, mêlées aux réverbères de leur superbe ville.

La deuxième partie de Turn On The Bright Lights surpassant à elle seule les deux albums suivants, on ne saurait dire quelle chanson on préfère. À moins que Roland, malgré l’usage un peu regrettable de son mégaphone, puisse trancher par ses fiers rebondissements, par sa fin fixant dans le ciel tout ce qu’elle peut d’éruptions célestes. Mais non, ce sera Leif Erikson. Celle qui libère un crescendo juste parfait, s’envolant pour ne plus jamais revenir, éblouissant nos visages ébahis. Elle dit que c’est mieux avec les lumières allumées. À l’aube des ténébres, le soleil peut enfin se lever.



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Tracklisting :
 
1. Untitled (3:56)
2. Obstacle 1 (4:11)
3. NYC (4:19)
4. PDA (4:59)
5. Say Hello To The Angels (4:28)
6. Hands Away (3:05)
7. Obstacle 2 (3:47)
8. Stella Was A Diver And She Was Always Down (6:27)
9. Roland (3:35)
10. New (6:07)
11. Leif Erikson (4:00)
 
Durée totale : 47:34