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We Live On Cliffs

We Live On Cliffs

Adam Stephens

par Vyvy le 12 octobre 2010

4

Paru le 26 septembre 2010 (Saddle Creek)

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Peut-être connaissez-vous Two Gallants ? Ce duo punktry de San Francisco composé d’Adam Stephens et Tyson Vogel a longtemps squatté les pages de ce webzine. Leurs albums, très bien foutus, arrivaient, à partir de presque rien (une guitare, une voix rauque, une batterie, quelques instants d’harmonica), à vous frapper d’un coup de massue retentissant. Nous n’avions pas entendu ça ailleurs, ces éructations barbares sur fond de western, et nous en redemandions, surtout que le groupe avait une sage tendance à se produire très souvent à Paris.

Cela fait maintenant quelques années que Two Gallants sommeille. Mais cela ne signifie pas que les deux zigotos ont été inactifs ; de fait, les deux se sont mis à faire des albums solos. Adam le blondinet, dont la voix écorchée contribuait fortement au succès du groupe, a sorti fin septembre un premier album solo. Avec We Live On Cliffs, Stephens nous prend par surprise. Finie Sparte, fini le western, finie la punktry, voici du folk-pop-alternatif.

Que penser d’un tel revirement ? Afin tout d’abord de bien comprendre l’ampleur du changement, il convient de se replonger dans l’Adam de 2GS, et l’Adam solo :

Au sein de Two Gallants

En solo

Le choc établi, il faut maintenant y faire face. Est-ce une trahison ? Une évolution salutaire ? Est-ce qu’Adam sans Tyson c’est moins bien ? Mieux ? C’est assurément autre, et pas vraiment comparable. Beaucoup a changé, comme nous allons le voir. Mais certaines bases du travail de Stephens au sein de Two Gallants persistent. On a là un travail certes moins écorché, mais plus accrocheur. Plutôt bien ficelé, si l’album signale une diversification pour Adam il est bienvenue, mais s’il signe la fin de sa période punktry, il ne pourra que laisser un goût amère dans la bouche.

Qu’est ce qui change ? A vrai dire, ça ne sonne vraiment pas pareil. Alors que 2GS nous avaient habitué à un dénuement acéré, on tombe là plutôt sous le coup des grandes volutes sonores. Le bougre, loin de nous faire le solo promis a invité de nombreux comparses à se joindre à lui : venant de Vetiver, Cursive ou encore My Morning Jacket, les invités d’Adam rajoutent à sa musique une richesse instrumentale qu’elle ne possédait pas auparavant. Et puis, loin de sortir brut de fonderie, cet album là a été produit, par quelqu’un, Joe Chiccarelli, qui en son temps produisit du Zappa, et plus proche de nous, a produit le dernier My Morning Jacket, avant de s’atteler au futur Strokes. On en ressort ainsi avec un son beaucoup plus poli. Côté voix, même topo. Dans cet album Adam chante. Il n’hurle/feule/éructe pas, non il chante. Ses grimaces vocales en avaient fait la renommée, et le voici qui chante, plutôt bien d’ailleurs. La voix n’y perd pas complètement de son originalité, mais en devient tout de même bien moins marquante. Quant aux thèmes des chansons, si tout n’est pas joyeux-joyeux, on à l’impression qu’entre l’écriture des chansons de Two Gallants et celles-là, Stephens aurait soit suivi un cours de gestion de la colère/violence, soit beaucoup de cachets. Et si les problèmes de couple restent un thème de prédilection, alors que Stephens version 2GS parlait de femme battus avec une violence rare, ici il annonce If I Let You Down/Treat You Unkind/No it’s Not Me/Just my Second Mind. Peanuts quoi.

Et pourtant, tout n’a pas changé. D’abord ; fan avisé, rassure toi, cet album comporte bien comme les trois livraisons de 2GS, 9 titres. Pourquoi neuf ? Plusieurs théories plus ou moins farfelues pourraient être avancées. J’estime pour ma part d’une manière pas du tout biaisée y voir un clin d’oeil au Lucky Number Nine des Moldy Peaches. Ensuite, si les chansons sont plus douces, leurs paroles et leur rendu moins violentes, il n’en reste pas moins qu’elles sont très bien écrites.

digger man lay your spade down
i think that i might stick around
and why, watch the colours as they fade
 
from pawnshop shees to balcony’s
we’ll parafrase eternities
and all the institutions of decay

Alors, métamorphose convaincante ? A cette question il va falloir apporter une réponse de normand. Oui, et non. Oui d’abord car des titres 4 à 9 il n’y a pas un raté, pas une redite. Oui ensuite car si la tension ne vous étrangle pas de prime abord comme chez 2GS elle est bien la, tenace, pour épicer le tout. Oui enfin car cet album montre que l’originalité, et les talents d’Adam Stephens ne sont pas soluble dans une production fine et des arrangements soignés. Mais tout n’est pas parfait. On se serait bien passé du troisième titre With Vengeance Come, pour lequel on éprouve au mieux qu’un profond ennui. Le titre d’ouverture et son second quant à eux sont bien sympathiques, mais peinent à décoller. Ensuite, là où les albums de Two Gallants sont du genre à lentement vous convaincre, le genre d’album qu’il faut apprivoiser, il est à craindre que l’accès plus facile de We Live On Cliffs en face un album plus facilement oubliable. Et puis surtout, si on peut apprécier les efforts solos des deux galants, on peut aussi considérer qu’il serait grand temps qu’ils se remettent à travailler ensemble, car après tout, l’avenir de la punktry est entre leurs mains !



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Tracklisting
 
1. Praises In Your Name (3’59’’)
2. Second Mind (4’32")
3. With Vengeance Come (4’28")
4. Heights of the Diamond (3’52)
5. The Cities That You’ve Burned (4’23")
6. Elderwoods (4’25")
7. Southern Lights (3’54")
8. Angelina (4’19")
9. Everyday I Fall (4’22")
 
Durée totale : 37’53"