Nouveautés
Yeti Lane

Yeti Lane

Yeti Lane

par Yuri-G le 22 septembre 2009

4

paru le 17 septembre 2009 (Clapping Music)

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

À l’heure actuelle, question rayonnement psychédélique, on aurait sûrement tendance à se fier à un disque américain. Dans le genre, ceux-ci sont fort nombreux, réguliers. Et leurs univers parcourent un large spectre, qui va de déflagrations charbonneuses en luxuriantes teintes acoustiques. On dirait le genre implanté là-bas, heureux. Mais pas de fatalité, car l’album qui ravit aujourd’hui nos attentes en la matière, cet album vient de Yeti Lane. Il s’agit précisément d’un groupe français. Ses trois musiciens exerçaient auparavant leur talent chez Cyann & Ben. La première, claviériste et chanteuse, est partie et le deuxième est resté avec ses compagnons. Leur nouvelle entité, faussement obscure et surgie de nulle part, poursuit aujourd’hui son élan sur la base de ses premiers amours (pour ceux qui y avaient goûté : musique progressive, arrangements lunaires). Mais les perspectives sont nouvelles, plus ouvertes, plus concentrées. Yeti Lane s’élève.

Leur album s’impose pour une simple raison : sa sensibilité attachante. Ce quelque chose d’insaisissable, qui ne peut tout à fait se résumer à une liste de qualités certifiées. En l’occurrence, belle production, compositions épanouies, intensité instrumentale... Yeti Lane remplit les fondamentaux. Mais au fond, le plus précieux est cette intimité bienfaitrice que le trio laisse éclore au sein de ses aspirations psychédéliques. Ici, le genre et ses multiples satellites ne sont pas des composants invoqués coûte que coûte - ils s’immiscent naturellement dans l’horizon. Les mélodies, lestes et souvent rayonnantes, les laissent approcher avec chaleur. En effet, Yeti Lane fait partie de ceux qui envisagent d’abord la pop comme un terrain jonché d’images et d’atmosphères personnelles à transfigurer. L’étiquette (psychée), le son, les évocations naissent à la suite de ce souffle authentique. C’est mieux ainsi. Plutôt que de suivre à la trace une scène américaine avec laquelle le groupe partage quelques traits (citant Animal Collective, les Fiery Furnaces ou Deerhoof), il préfère l’attirer dans son cocon, l’air de rien.

On identifie certains bribes au passage. La rencontre d’une pop dorée californienne avec des nuances synthétiques allemandes. Puis l’hypnose qui en émane. Les attraits d’un rock inventif. Et des menaces new wave qui filent entre les lignes, comme quelques éclairs. Des esquisses de ce qui constituait Cyann & Ben sont aussi retrouvées, une évidence certaine dans les harmonies, une agilité mélodique. Pourtant, ces atouts paraissent décuplés avec la nouvelle orientation du trio. Grâce à davantage de concision et de tranchant, ils brillent comme jamais. Dans une musique toujours à la croisée de l’inquiétude et de la luminosité, dont Yeti Lane aborde les auras tour à tour ou emmêle avec une belle constance. Twice plonge dans la transe, avec coups de batterie vaudous, radieuses percées mélodiques et claviers aliens. L’incantation s’éloigne déjà pour Tiny Correction, sensuelle folk-song piquée peu à peu de couleurs mariachi. Puis Only One Look rompra l’indolence, angoissée. Et Lonesome George de se propulser, irradiante. Il en est ainsi de Yeti Lane. Des panoramas changeants qui s’articulent de façon admirable, sans qu’on ait envie d’en prélever un. À l’heure actuelle, question rayonnement psychédélique, on pourrait sûrement se fier à un disque français.



Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom



Tracklisting :
 
1. First-Rate Pretender (3’35")
2. Twice (4’48")
3. Black Soul (4’06")
4. Think It’s Done (4’13")
5. Tiny Correction (3’22")
6. Only One Look (4’28")
7. Lucky Bag (4’01")
8. Lonesome George (3’44")
9. Solar (4’07")
10. Heart’s Architecture (4’50")
 
Durée totale : 41’06"